Mort d'Alexandre : quatre mineurs mis en examen pour "assassinat" de leur camarade

Ils ont été écroués. Agés de 15 à 17 ans, ils sont soupçonnés d’avoir exécuté froidement leur camarade, 17 ans, de deux balles dans la tête, en Seine-Maritime. FTVi revient sur les faits et le mobile du crime.

Alexandre, 17 ans, a été tué dans la forêt de Beauvoir-en-Lyons (Seine-Maritime), après un guet-apens organisé par quatre de ses amis, dans la nuit du 26 au 27 mars 2012. 
Alexandre, 17 ans, a été tué dans la forêt de Beauvoir-en-Lyons (Seine-Maritime), après un guet-apens organisé par quatre de ses amis, dans la nuit du 26 au 27 mars 2012.  (JEAN-BAPTISTE QUENTIN / MAXPPP)

"En trente ans de carrière, je n’ai jamais vu un tel assassinat." Le colonel Jacques Plays, commandant du groupement de gendarmerie de Seine-Maritime, a du mal à y croire, rapporte Le Parisien : quatre jeunes Normands, âgés de 15 à 17 ans, sont soupçonnés d’avoir exécuté un de leurs camarades, également mineur, de deux balles dans la tête. Interpellés mardi, ils ont été mis en examen jeudi 29 mars pour "assassinat" et écroués. FTVi revient sur les faits et le mobile du crime.

• Que s’est-il passé dans la soirée du lundi 26 mars ?

Selon les premiers éléments de l'enquête, les quatre jeunes, deux fratries de deux frères, ont appelé à de "multiples reprises" leur future victime, un jeune homme prénommé Alexandre, âgé de 17 ans.  L'un d'eux est ensuite venu le chercher avec un scooter pour le conduire près d'une route forestière de la forêt de Beauvoir-en-Lyons, où attendaient les trois autres

Là, ils auraient fait asseoir le jeune homme sur un rondin pour l'abattre de deux balles de pistolet de calibre 5,5 millimètres dans la nuque avant d'asperger son corps d'essence et de le brûler, selon Valérie Cadignan, procureure de la République à Dieppe. "Les deux tirs ont été effectués par des tireurs différents et un seul a été mortel", a-t-elle précisé. Les adolescents ont ensuite jeté l'arme dans une mare.

• Comment les enquêteurs ont-ils remonté leur piste ?

Le corps de la victime a été découvert en train de se consumer dans la nuit de lundi à mardi par des gardes forestiers qui effectuaient un comptage animalier. Les enquêteurs sont parvenus à mettre la main sur son téléphone portable et un morceau de sa carte bancaire. Ces éléments ont permis aux gendarmes de l'identifier et de s'orienter vers son entourage.

Les enquêteurs ont notamment entendu le frère de la victime, qui leur a indiqué qu’Alexandre était sorti lundi soir pour retrouver des amis. Ces derniers ont rapidement été interpellés puis placés en garde à vue mardi.

• Que sait-on du mobile du crime ?

Les quatre garçons, qui habitent le village de La Feuillie ou ses environs, ont affirmé avoir décidé de se débarrasser de leur camarade parce qu'ils craignaient qu'il les dénonce pour un cambriolage qui se serait déroulé début mars chez des particuliers. Le butin serait pourtant dérisoire : quelques bouteilles d'alcool et des consoles de jeux.

Selon Valérie Cadignan, ce motif invoqué pour justifier leur geste "reste toutefois à vérifier compte tenu de la distorsion entre les faits et la motivation".

France 2 - Stéphanie Perez, Nicolas Auer, France 3 Normandie

• Que sait-on des jeunes suspects ?

Ces jeunes n'avaient pas d'antécédents judiciaires et ont fréquenté les mêmes établissements scolaires qu'Alexandre. Pascal Legay, le maire de La Feuillie, a fait état de son "incompréhension". "De ce que je sais, ces jeunes ne se rendent pas compte de ce qu'ils ont fait. (...) La Feuillie est un village tranquille. On n'arrive pas à comprendre. On tombe le cul par terre."

Selon la mère d’Alexandre, un des jeunes impliqués dans la mort de son fils l'avait passé à tabac l'an dernier et la famille avait porté plainte. "J'accuse les parents de nonchalance, de désinvolture, de démission totale et de rupture avec la vie et la réalité", a-t-elle lancé sur BFMTV.

• Que risquent les quatre adolescents ?

Ils ont été mis en examen jeudi dans la soirée pour assassinat au palais de justice de Rouen (Seine-Maritime), et immédiatement écroués. A ce stade de l’enquête, la préméditation ne fait guère de doute pour les enquêteurs. De l’avis du lieutenant-colonel Hugues Jeannin, "ils l'ont attiré dans un véritable guet-apens". Selon la procureure Valérie Cadignan, l'acte était "prémédité" depuis plusieurs jours par les auteurs.

Etant encore mineurs, ils encourent pour ces faits une peine de vingt ans de prison et non la réclusion à perpétuité comme ce serait le cas pour des adultes.