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Des morts, des voitures emportées, des immeubles ravagés, les conséquences des intempéries dans le Var sont dramatiques

Tous les témoignages des Varois concordent : l'abondance et la violence des pluies ont fait monter l'eau à la vitesse d'un cheval au galop, emportant tout sur son passage dans des torrents de boue.Entre lundi et mercredi matin "les cumuls ont atteint souvent 150 à 250 mm sur une partie centrale, dépassant localement 380 mm", indique Météo France.
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Des voitures encastrées, poussées les unes contre les autres par de puissantes coulées de boue à Draguignan (AFP - Stephane Danna)

Tous les témoignages des Varois concordent : l'abondance et la violence des pluies ont fait monter l'eau à la vitesse d'un cheval au galop, emportant tout sur son passage dans des torrents de boue.

Entre lundi et mercredi matin "les cumuls ont atteint souvent 150 à 250 mm sur une partie centrale, dépassant localement 380 mm", indique Météo France.

Draguignan est "dans un état déplorable"
Max Piselli, maire UMP de cette ville de 40.000 habitants frappée mardi par des inondations dévastatrices n'a pu que faire cet amer constat : "Ca a été dramatique car on compte des morts et des disparus", le président du conseil général du Var parlant lui de "catastrophe" pour le département.

"La ville est dans un état déplorable, couverte de pierres, de cailloux, de boue, avec des voitures qui encombrent toute la circulation. C'est vraiment dramatique" s'est lamenté M. Piselli.

"Heureusement nous avons ressenti dès ce matin un sentiment de solidarité", a-t-il ajouté. "J'ai réquisitionné des salles et nous avons pu accueillir dans la nuit 2.000 personnes grâce à l'armée qui nous a fourni du matériel et de la nourriture".

M. Piselli s'est dit "désespéré et fatigué" après "la nuit blanche passée à organiser et répartir les secours, les hélitreuillages des personnes réfugiées sur les toits des voitures, des maisons et des grandes surfaces".

Le président du conseil général du Var Horace Lanfranchi (UMP) a dit pour sa part "avoir un état d'esprit au plus bas" et être "sous le choc face au bilan des pertes humaines".

"La catastrophe qui vient de s'abattre sur la Dracénie, mais aussi sur Hyères et Sainte-Maxime, c'est bouleversant, avec des routes effondrées, des dégâts colossaux" a déclaré M. Lanfranchi. Selon lui, 250 employés du conseil général sont mobilisés mais "10% sont opérationnels car nous rencontrons de grandes difficultés de transmission".

Scène d' "apocalypse" aux Arcs
Voitures empilées, torrents de boue, commerces dévastés: "de mémoire d'ancien, on n'a jamais vu ça", témoignait mercredi le maire des Arcs, au lendemain de pluies torrentielles qui ont provoqué d'importants dégâts et coupé la ville du monde.

Sur la place du village, où s'enchevêtrent arbres arrachés, armoires, chaises et pots de fleurs au milieu de véhicules cabossés et renversés, Alain Parlanti se désole.

Mardi après-midi, soudain "c'est l'apocalypse, le ruisseau Real qui traverse la commune dévaste tout sur son passage", raconte le maire, qui ne déplorait pas mercredi matin de victime sur sa commune.

Un pont s'effondre, la barrière du parking du centre-ville qui donne sur un amphithéâtre est détruite, nombre de commerces sont touchés.

Très tôt mercredi matin, les balais et les pelleteuses s'agitent pour effacer les traces du déluge, alors qu'enfin la pluie cesse. Sur les routes, des dizaines de voitures abandonnées par leurs occupants jonchent les bas côtés.

Dès l'aube, certains habitants sont venus, lampe torche à la main, passer en revue les dégâts, sous l'oeil vigilant des policiers qui mettent en garde contre un trou béant de six mètres, non loin de là.

Quelques kilomètres plus loin, les pompiers, dont la caserne a été inondée, sont sur le pied de guerre. "Pour l'instant, on n'a pas pompé l'eau, on a mis les gens à l'abri", déclare le capitaine Jean-Marc Courcier, responsable des opérations sur le secteur. De 800 à 900 personnes en détresse, dont des écoliers et collégiens, ont été hébergés dans quatre centres improvisés.

Sophie Rodrigues a passé la nuit dans un supermarché avec ses deux filles de 5 et 9 ans, profondément endormies sur des matelas de fortune. "Même si on était en vigilance orange, on ne s'imaginait pas une telle chose, l'eau est montée très rapidement", décrit-elle, saluant un "super encadrement".

Une crue exceptionnelle inédite localement depuis 1827
Les crues dues aux fortes précipitations dans le Var mardi revêtent un "caractère exceptionnel" et il faut remonter à 1827 pour en retrouver une de cette ampleur dans cette zone du département, a indiqué mercredi Météo France.

"Il y a eu la conjonction de deux phénomènes, plus de 300 mm de précipitations cumulées, le matin puis le soir, et donc plusieurs mètres d'eau, et des crues très importantes", précise Juan Carlos Lopez, de la direction interrégionale sud-est de Météo France. Les cumuls ont même dépassé localement 380 mm.

"Ce phénomène revêt un caractère exceptionnel, à cet endroit, en cette saison. Il faut apparemment remonter à 1827 pour retrouver une crue comme celle-là de la Nartuby (un affluent de l'Argens, qui coule dans le Var). En juillet 1976, nous avons connu 276 mm cumulés, mais dus à de violents orages d'été", a-t-il expliqué. La Naturby traverse notamment la commune de Draguignan, où plusieurs personnes sont décédées.

Les fortes précipitations subies par le Var ont été provoquées par des masses d'air très chaud provenant des hauts plateaux algériens qui ont traversé la Méditerranée en se chargeant d'humidité, a relevé M. Lopez.

Ce mercredi, la vigilance orange dans le sud-est a été levée en raison d'une accalmie mais des précipitations vont de nouveau toucher le Var et les Bouches-du-Rhône la nuit prochaine, avec moins d'intensité. Météo France prévoit dans ces départements quelque 60 mm cumulés.

Prévention des inondations: la France défaillante, juge le Sénat
Le Sénat souligne des "déficiences" dans la gestion par la France du risque d'inondations, avec des réponses restant "lettre morte" malgré la répétition de catastrophes, dans le pré-rapport de sa mission d'information sur la tempête Xynthia publié mercredi.

Ce pré-rapport sur la tempête ayant frappé la façade atlantique en février estime que "la France demeure peu sensible à des risques qui se reproduisent régulièrement" sur son territoire.

"L'urbanisation excessive dans des zones sensibles, la déficience des digues et de leur gouvernance, la complexité des dispositifs d'alerte et de prévision sont des questions débattues depuis des années, mais dont les réponses, souvent quasi-unanimes, restent lettre morte", écrivent Bruno Retailleau, sénateur non inscrit de Vendée, et Alain Anziani, sénateur PS de Gironde, président et rapporteur de la mission d'information.

Ils rappellent qu'en France "l'inondation est le premier des risques de catastrophes naturelles" et qu'"elle concerne, selon l'Institut français de l'environnement, deux communes sur trois".

La tempête Xynthia a fait 53 morts, dont 29 dans le seul département de la Vendée, ainsi que plusieurs centaines de millions d'euros de dégâts, après avoir frappé la côte atlantique le 28 février.

Les principales inondations dans le sud-est de la France depuis 20 ans

Le Var, frappé mardi par des pluies diluviennes qui ont fait au moins quinze morts (bilan provisoire mercredi après-midi), s'ajoute à la longue liste des départements du sud-est de la France dévastés par des inondations depuis une vingtaine d'années.

- NÎMES, le 3 octobre 1988 : après des pluies diluviennes, 10 millions de m3 d'eau boueuse déferlent sur la ville formant un fleuve sauvage dans les grandes artères. Neuf personnes périssent noyées et deux autres dans un accident d'hélicoptère. Quatre-vingt-une communes et 50.000 personnes sont sinistrées et le réseau EDF et téléphonique endommagé à 90%.

- VAISON-LA-ROMAINE, le 22 septembre 1992 : 46 morts dans des inondations causées par de violents orages dans plusieurs départements (Vaucluse, Ardèche, Pyrénées-Orientales, Hérault, Aude). 718 communes sont sinistrées, 11 ponts emportés, 13 endommagés, 20.000 hectares inondés. Les dégâts s'élèvent à 430 millions d'euros.

C'est à Vaison-la-Romaine (Vaucluse) que la catastrophe est la plus meurtrière. La rivière de l'Ouvèze se déchaîne subitement, emportant tout sur son passage. Bilan: 37 morts, dont une majorité de campeurs, et 4 disparus. Seul le pont romain, vieux de 2.000 ans, résiste au torrent de boue.

- Entre le 22 et le 30 septembre 1993 : des pluies diluviennes, qualifiées d'"exceptionnelles", s'abattent sur le Vaucluse, le Gard et les Bouches-du-Rhône, faisant dix morts.

- CORSE, le 30 octobre 1993 : 6 morts dans l'est de la Corse. Des centaines d'insulaires sont sinistrés, des ponts brisés et les principales routes impraticables.

- Les 12-13 novembre 1999 : 34 morts et 1 disparu, lors de crues dans les départements de l'Aude, du Tarn, des Pyrénées-Orientales et de l'Hérault. Ce sont les plus graves subies dans ces régions depuis le début du siècle.

- MARSEILLE et MONTPELLIER, le 19 septembre 2000 : de violents orages et des rafales de vent provoquent la mort de 6 personnes, dont trois à Marseille, ville durement touchée par les eaux, et trois à Montpellier, écrasées sous une grue.

- GARD, du 8 au 10 sept. 2002 : 24 personnes sont tuées dans des inondations dues à de violents orages dans le sud-est et plus particulièrement dans le Gard. Des pluies exceptionnelles étaient tombées en quelques heures sur les Cévennes.

- SUD et CENTRE-EST, du 1er au 5 déc. 2003 : des pluies diluviennes s'abattent sur dix-neuf départements du sud-est et du centre-est. Ces intempéries font sept morts, dont deux à Marseille.

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