Assassinat d'Antoine Sollacaro : "Cela ressemble à un contrat"

L'ancien avocat d'Yvan Colonna a été assassiné mardi matin à Ajaccio. L'analyse de Paul-François Torre, rédacteur en chef de France 3 Corse ViaStella.

Antoine Sollacaro, ici lors du procès en appel d\'Yvan Colonna, le 27 mars 2009 à Paris. 
Antoine Sollacaro, ici lors du procès en appel d'Yvan Colonna, le 27 mars 2009 à Paris.  (GONZALO FUENTES / REUTERS)

FAIT DIVERS - Antoine Sollacaro, l'un des anciens avocats d'Yvan Colonna, condamné pour le meurtre du préfet Erignac, a été assassiné par balles mardi 16 octobre au matin à Ajaccio (Corse-du-Sud). L'analyse de Paul-François Torre, rédacteur en chef de France 3 Corse ViaStella.

FTVI : Quelles sont les réactions, en Corse, à cet assassinat ?

Paul-François Torre : Les gens sont stupéfaits. Les audiences au palais de justice ont été suspendues. La Corse est aujourd'hui dans une spirale mortifère. Depuis le début de l'année, 15 personnes ont été tuées, l'année dernière il y en avait eu 19. Là, c'est une nouvelle étape qui est franchie. Les assassinats d'avocats sont rarissimes, et ce qui change c'est que maintenant on n'hésite pas à tirer sur des femmes ou des avocats. C'est comme si les règlements de comptes se faisaient par personnes interposées. Certains veulent aller jusqu'au bout.

Quel a été le "modus operandi" ?

Deux balles dans la tête et une dans le thorax, ça ressemble à un contrat. Antoine Sollacaro ne semblait pourtant pas menacé. Apparemment, il n'était pas sous protection policière. Nous avions rendez-vous avec lui à 9h.

Qui était Antoine Sollacaro ?

Il était à la tête d'un des plus gros cabinets d'avocats de Corse. Il a toujours été proche des milieux nationalistes. Dans les années 1970, il avait créé le syndicat des étudiants corses, à Nice. Il les a beaucoup défendus et s'est ainsi forgé une solide réputation au barreau d'Ajaccio. Il est vite devenu un des grands pénalistes de l'île et a notamment traité des dossiers liés au grand banditisme, comme le gang de la Brise de mer. Il défendait aussi Yvan Colonna.

C'était un travailleur qui bossait ses dossier à fonds. Il avait tendance à surjouer ses plaidoieries. Au procès d'Yvan Colonna, il était face à des magistrats professionnels et il en a agacé plus d'un. Il avait lancé devant les journalistes : "Sommes-nous dans une cour d'assises ou devant la junte birmane ?" En 1999, il a été un des premiers à tenir tête au préfet Bonnet, arrivé en Corse après l'assassinat du préfet Erignac, lors de l'audience de rentrée. Le préfet avait alors quitté la salle. 

L'année dernière lors du procès de la SMS, la Société méditerranéenne de sécurité [un dossier d'attribution présumée frauduleuse de marchés publics à cette société de sécurité corse, NDLR], il avait traité la partie adverse de "balance". Dans ce dossier, d'ailleurs, les assassinats sont nombreux.