Réserver Cannes aux films qui sortent en salles ? "Ce n'est pas en interdisant Netflix qu'on trouvera la solution"

La productrice et ancienne déléguée générale de la société des auteurs, réalisateurs et producteurs, Florence Gastaud, juge "absurde" de rendre obligatoire la sortie en salles des films présentés au festival de Cannes. 

L\'affiche du 70e festival de Cannes lors de l\'annonce de la sélection officielle, le 13 avril 2017 à Paris.
L'affiche du 70e festival de Cannes lors de l'annonce de la sélection officielle, le 13 avril 2017 à Paris. (PHILIPPE WOJAZER / X00303)

Faut-il rendre obligatoire la sortie en salles des films présentés au festival de Cannes ? C'est "absurde" répond la productrice Florence Gastaud, interrogée sur franceinfo mercredi 11 mai. L'ancienne déléguée générale de la société des auteurs, réalisateurs et producteurs (ARP) réagit à l'annonce de la direction du festival : dès 2018, les oeuvres devront être projetées en salles pour être autorisées à concourir à Cannes. La plateforme Netflix, qui a deux films dans la compétition officielle cette année, ceux de l'américain Noah Baumbach et du coréen Bong Joon-ho, refuse toujours que ces longs-métrages soient diffusés de manière classique, dans les cinémas.

franceinfo : Après une sortie en salles, il faut attendre 4 mois pour une sortie en DVD et 36 mois pour que ce soit sur une plateforme. Le film étant produit par Netflix cela n'a aucun sens qu'il sorte d'abord dans les salles plutôt que sur la plateforme. L'industrie du cinéma a-t-elle cru qu'elle pouvait imposer ses règles ?

Florence Gastaud : Peut-être que l'on raisonne à l'inverse. La chronologie des médias, ce sont des fenêtres successives d'exposition et donc de financement du cinéma. Vous sortez en salle, puis on crée un manque donc tout le monde se jette sur le DVD, puis tout le monde va aller sur Canal+. C'était à une époque où la rareté créait l'envie. Aujourd'hui, la rareté tue le film parce que soit les gens piratent, soit on les oublie. Donc cette chronologie des médias n'est plus adaptée à l'ère du numérique. Netflix nous interroge pour savoir quel est le juste temps pour exposer l'œuvre. Mais ce n'est pas en interdisant Netflix qu'on trouvera la solution.

Un accord est-il possible ?

Depuis quelques jours on a le droit d'être optimistes. On a vécu exactement la même chose avec l'arrivée de Canal+. Tout le monde a dit que Canal+ allait tuer le cinéma, que les gens n'iraient plus en salle. Et puis on s'est mis autour de la table et on a trouvé un grand accord, ils ont eu des avantages fiscaux et en échange on les a incités à financer.

Le Festival de Cannes a annoncé que dès l'année prochaine les films présentés devraient sortir en salles. Est-ce la bonne réponse ?

C'est une solution de consensus pour régler le problème d'urgence. J'espère juste que l'on trouvera pendant cette année une autre solution que celle-là, qui est totalement absurde. Il ne faut pas oublier que le festival de Cannes est avant tout un marché où des milliers de professionnels viennent vendre et acheter des films. Donc si on dit, pour être au festival de Cannes, il faut déjà être vendu en France, déjà on attaque le plus grand marché du cinéma. Par définition, c'est le rôle du festival d'exposer des films qui n'ont pas de distributeur.

Florence Gastaud : "Aujourd'hui, la rareté tue le film parce que soit les gens piratent, soit on les oublie."
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