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L'énigme James Holmes, étudiant modèle devenu terroriste

Depuis sa comparution au tribunal lundi, la question de la psychologie du tireur est devenue la clé de l'affaire de la tuerie de jeudi 19 juillet, dans un cinéma d'Aurora près de Denver dans le Colorado. 

Article rédigé par Marie-Adélaïde Scigacz
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
James Eagan Holmes comparaît devant un tribunal d'Aurora (Colorado, Etats-Unis)) auprès de son avocate, le 23 juillet 2012.  (REUTERS)

Silencieux, James Holmes semble ailleurs. Trois jours après la tuerie d'Aurora qui a fait 12 morts et plus de 58 blessés dans un cinéma, la première comparution du suspect, lundi 23 juillet, a laissé les américains circonspects. Il fronce les sourcils, écarquille les yeux, semble s'assoupir. L'étudiant en médecine apparaît confus, "comme drogué", s'accordent à dire les médias américains qui se demandent comment ce jeune homme ordinaire a pu, jeudi soir, ouvrir le feu sur une salle de cinéma bondée lors de la projection du dernier Batman : The Dark Knight Rises. 

FTVi revient sur le mystère qui entoure la personnalité du "Joker du Colorado".

• Schizophrénie et délires psychotiques ? 

La folie comme stratégie... 

Depuis son étrange comparution lundi, les médias s'interrogent sur la psychologie du tireur, craignant que son attitude ne soit qu'une stratégie pour échapper à la peine capitale. Interrogée sur la possibilité que Holmes soit alors sous l'emprise de médicaments, la procureure du district d'Arapahoe County, Carol Chambers, a déclaré ne pas avoir d'informations à ce sujet. 

"Il est beaucoup plus malade psychologiquement que ce à quoi nous nous attendions", a réagi le psychologue Michael Mantell, pour la chaîne de San Diego 10News (en anglais). Pour Michael Mandell, ce comportement pourrait s'expliquer par de la schizophrénie, mais, note-t-il, "la préméditation des attaques est incompatible avec un épisode psychotique total" .

Sur le site de la chaine locale The Denver Channel (lien en anglais), des enquêteurs ont par ailleurs noté que cette attitude était demeurée constante depuis son interpellation dans la nuit de jeudi à vendredi. Selon eux, le jeune homme de 24 ans a passé le plus clair de son temps à fixer les murs, hagard, enfilant sur ses mains les sacs plastiques destinés à recueillir des résidus de poudre, avant d'en faire des marionnettes.

Pour le père d'une victime, présent dans le tribunal, il s'agit d'un "stratagème", rapporte ABC. Une astuce digne du Joker, l'idole du suspect, conclut le reportage. 

 ... ou une passion qui tourne mal

Selon le chef de la police de New YorkRaymond Kelly, le jeune homme s'est présenté lors de son arrestation comme le "Joker", l'ennemi juré de l'homme chauve-souris. Si le personnage clownesque aux cheveux verts et au maquillage lugubre n'apparaît pas dans ce volet des aventures de Batman, c'est avec le masque à oxygène de Bane, l'adversaire du super-héros dans The Dark Knight Rises, que le tireur a fait irruption dans la salle de cinéma. Des sources policières citées par la chaîne de télévision CNN assurent par ailleurs qu'un masque de Batman et un poster figurent parmi les effets personnels découverts dans l'appartement de ce dernier. 

Selon le site du quotidien britannique le Dailymail (en anglais), la police pense qu'il aurait fait de sa passion pour Batman et son rival une obsession. Au point de devenir accroc à la vicodine, selon des sources non authentifiées, soit la drogue qui a tué Heath Ledger, le comédien qui a incarné le Joker à l'écran dans le deuxième volet de la trilogie, The Dark KnightIl en avait une plaquette sur lui le soir de son interpellation.

• Comment l'étudiant de bonne famille est-il devenu tueur ?

Un adolescent timide et brillant... 

Né le 13 décembre 1987, James Holmes a grandi dans une famille de la classe moyenne aisée de San Diego, dans le sud de la Californie. Fils d'un mathématicien, il est semble-t-il voué à une carrière prometteuse. Camarades, profs, pasteur : ceux qui l'ont connu décrivent un garçon "très timide", "intelligent", "qui apprend vite", voire "doué", compile le Huffington Post.com (en anglais), dans un portrait consacré au jeune homme. Dans un document diffusé par ABC (en anglais), il apparaît en ado réservé dans un concours de science. 

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Elève brillant, il décroche avec les honneurs un diplôme en neurosciences à l'université de Riverside, près de Los Angeles, avant d'être repéré par la faculté de médecine du Colorado. Pour Todd McGhee, spécialiste de la sécurité, "les terroristes isolés sont extrêmement intelligents et viennent souvent de milieux socio-économiques favorisés, explique-t-il. Ils deviennent abattus psychologiquement et coupent les ponts avec leurs proches, s'isolent, puis trouvent quelque chose à quoi se raccrocher. Pour certains, c'est la religion. Pour d'autres, [l'idéologie] anti-gouvernement." Ainsi, le casier vierge et l'histoire banale du suspect n'ont pas surpris la docteure Marisa Randazzo, psychologue interrogée lundi par ABC (en anglais) : "Dans la plupart des cas, il ne s'agit pas de psychopathes ni de sociopathes, dit-elle. Ce sont des gens qui fonctionnent normalement mais qui basculent dans un désespoir absolu à la suite de divers évènements."

... qui bascule en quelques mois

Une théorie corroborée par l'attitude récente de James Holmes : quelques mois avant le massacre, le petit génie a abandonné ses études. Dans la presse, les témoignages recueillis sur le campus décrivent un personnage "reclus", voire inquiétant, raconte sa voisine du dessous dans le Dailymail.

Dans les quatre mois qui ont précédé la tuerie, l'étudiant s'est procuré via internet un arsenal : 3 000 balles de fusil d’assaut, 3 000 balles de pistolet Glock, 350 cartouches pour un fusil à pompe, plusieurs chargeurs destinés au fusil d’assaut etc. Il fait aussi l'acquisition d'autres équipements tactiques, comme son masque à gaz et un gilet pare-balles, énumère le New York Times (en anglais.) Sans compter les explosifs qui ont servi à piéger son appartement. 

Le propriétaire d'un club de tir a raconté au quotidien les étranges messages reçus sur son répondeur quelques jours avant le drame. James Holmes y "avait une voix très rauque, lourde et profonde, qui grommelait de façon incohérente, se souvient-il. Au mieux, [ces messages] étaient bizarres, au pire, ils étaient flippants", se rappelle le propriétaire qui n'a pas donné suite à ses sollicitations. 

Enfin, discret dans la vie comme sur le net, on ne le trouve pas sur les réseaux sociaux, si ce n'est sur AdultFriendFinder, un site de rencontre où il s'était inscrit deux semaines avant l'attaque, le 5 juillet. Aux éventuelles intéressées, il demande : "Viendras-tu me rendre visite en prison ?"

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