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Qui est Christine Rivière, cette mère de jihadiste surnommée "Mamie jihad" ?

Christine Rivière, 51 ans, comparaît pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes terroristes, pour avoir notamment fait plusieurs voyages en Syrie en 2013 et 2014 afin d'aller voir son fils, Tyler.

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Un détail de la façade du tribunal correctionnel de Paris, le 19 janvier 2011. (LOIC VENANCE / AFP)

Elle a été surnommée "Mamie jihad". Christine Rivière, 51 ans, est jugée pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme, jeudi 5 et vendredi 6 octobre, au tribunal correctionnel de Paris. Cette mère est accusée d'avoir pleinement adhéré à l'idéologie jihadiste et d'avoir apporté une aide financière à son fils, Tyler, parti rejoindre les jihadistes en Syrie. La quinquagénaire y a d'ailleurs fait plusieurs voyages en 2013 et 2014 pour aller voir son enfant. 

Le 2 juillet 2014, Christine Rivière est arrêtée au domicile de son fils aîné, Leroy. Cette mère de famille originaire de Troyes, dans l'Aube, s'apprêtait à partir définitivement pour la Syrie. Depuis un an, elle y a déjà fait trois voyages pour rendre visite à son fils cadet, Tyler Vilus, parti combattre au sein d'un groupe jihadiste qui allait devenir l'Etat islamique, comme le relate Le Monde.

Convertie à l'islam peu après son fils

C'est au contact de ce fils que Christine Rivière se convertit à l'islam et qu'elle se radicalise, dès octobre 2011, en Tunisie. Tout juste converti par un camarade à Troyes, à 21 ans, Tyler y est parti quelques mois plus tôt, en juillet, en pleine "révolution du jasmin", attiré par l'idéologie salafiste. En septembre 2012, il prend d'ailleurs part au saccage de l’ambassade américaine à Tunis, à l’appel du groupe jihadiste Ansar Al-Charia. 

"J’ai vu combien mon fils avait changé (…). J’ai rencontré des musulmans et des musulmanes avec qui je me suis sentie bien. J’ai commencé à lire le Coran. Pour moi, ça s’est fait automatiquement, j’ai porté le foulard direct", raconte la mère aux enquêteurs, selon Le Monde, qui a eu accès à ses interrogatoires.

Un "rapport fusionnel" avec son fils cadet

Les enquêteurs décrivent cette femme, qui a grandi dans une famille de forains, travaillé à l'usine dès 16 ans, et élevé seule ses deux fils issus de deux unions différentes, comme une mère ayant un "rapport fusionnel" avec son fils cadet, dont elle n'a cessé d'encourager l'engagement jihadiste. Christine Rivière assume avoir voulu vivre en terre d'islam, dans un pays où elle pourrait pratiquer la charia et profiter de son fils avant qu'il ne tombe en martyr, relate Le Monde

"Je voulais profiter de mon fils jusqu’à ce qu’il soit mort", dit-elle aux enquêteurs, d'après le quotidien. "Je sais que ça va arriver, bien sûr, et si cela arrive, je serai contente pour lui parce que je sais ce que ça signifie pour lui. Je sais que c’est une place au paradis, proche d’Allah (…) Je veux ce que lui veut, comme toute bonne mère."

"Oum Abdallah" pose en armes

Sur les réseaux sociaux, où elle est identifiée comme "Oum Abdallah" (la "mère d'Abdallah", un des alias de son fils), la mère de famille partage des images de propagande d'une rare violence, dont des scènes de décapitation. Elle conteste en revanche avoir apporté un soutien à l'organisation terroriste ou avoir elle-même combattu en Syrie, même si des photos d'elle en armes ont été retrouvées par les enquêteurs, ce qu'elle avoue sans mal, d'après Le Monde.

Christine Rivière est également accusée d'avoir soutenu financièrement son fils, ce qu'elle reconnaît au cours de ses auditions, selon Le Monde"Je suis une mère qui va voir son fils, c’est normal. Je porte une kalachnikov pour me défendre, comme tout le monde là-bas, j’envoie de l’argent à mon fils, ça aussi, c’est normal."

La doyenne du jihad derrière les barreaux

Christine Rivière encourt jusqu'à dix ans de prison. Son fils Tyler, qui s'enorgueillit d'être devenu un "émir" de l'Etat islamique, a été arrêté en Turquie en juillet 2015. Il avait sur lui un passeport suédois – un vrai passeport probablement issu du stock de documents d'identité confisqués par l'Etat islamique, raconte Le Parisien. Il a été extradé vers la France. Son dossier étant encore à l'instruction, il sera jugé plus tard.

"Mamie jihad", un surnom qu'elle déteste, selon Le Point, est aujourd'hui la doyenne de la trentaine de femmes revenues de Syrie et incarcérées en France. Selon la justice française, sur le millier de Français partis en zone jihadiste irako-syrienne, environ 300 y sont morts et 700 adultes, dont 300 femmes, s'y trouvaient encore en juin, avec quelque 400 enfants.

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