Saint-Etienne-du-Rouvray : quand Adel Kermiche évoquait son projet d'attentat sur la messagerie Telegram

Adel Kermiche, 19 ans, l'un des terroristes tués dans l'attaque d'une église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) était très loquace sur la messagerie chiffrée Telegram.

L\'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 27 juillet 2016, où deux terroristes ont tué un prêtre et grièvement blessé un paroissien.
L'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 27 juillet 2016, où deux terroristes ont tué un prêtre et grièvement blessé un paroissien. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Deux jours après l'attentat visant une église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), de nouveaux éléments sur les activités des deux terroristes apparaissent. L'Express publie, jeudi 28 juillet, une enquête qui révèle nombre de messages publiés par Adel Kermiche sur la messagerie chiffrée Telegram, utilisée notamment par les jihadistes.

>> Enquête sur l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : suivez notre direct

L'hebdomadaire s'est procuré des messages écrits et audio que le terroriste avait partagés avec quelque 200 personnes sur un canal privé. Il s'y adressait "à une audience ultra-sélectionnée", écrit également La Voix du Nord, qui rapporte qu'il correspondait notamment avec des jihadistes du Nord.

Un "guide spirituel" rencontré en prison

"Il avait choisi pour nom de code Abu Jayyed al-Hanafi et la photo de Abou Bakr al-Baghdadi, chef suprême de l’État islamique, comme représentation", précise le quotidien nordiste. Des découvertes réalisées "lors des opérations policières visant Adel Kermiche", explique une source proche de l'enquête à L'Express.

Dans ses messages, Kermiche indique notamment avoir été inspiré par "un guide spirituel", un "cheikh", rencontré à la prison de Fleury-Mérogis où il a été détenu de mai 2015 à mars 2016 après avoir tenté de se rendre en Syrie. "Il m'a donné des idées", affirme-t-il. Il assure également y avoir fait connaissance avec "un émir d'Al-Qaïda et d'autres frères".

"Tu tranches deux ou trois têtes et c'est bon, c'est fini"

"Si tu veux aller au Shâm [terme utilisé par les jihadistes pour désigner le territoire irako-syrien contrôlé par l'organisation Etat islamique], c'est assez compliqué vu que les frontières sont fermées. Autant attaquer ici", déclare Adel Kermiche, dans un message vocal pour répondre à une question qu'on lui a posée : "Plutôt hijra [exil] ou attentat ?"

Il tient alors des propos qui laissent entendre qu'il a déjà en tête l'idée d'attaquer un édifice chrétien : "Tu prends un couteau, tu vas dans une église, tu fais un carnage, bim. Tu tranches deux ou trois têtes et c'est bon, c'est fini." Toujours selon L'Express, Kermiche indique d'ailleurs être déterminé à passer à l'action, une semaine avant l'attentat. Il entend ainsi répondre à des personnes qui auraient moqué son "engagement depuis un canapé".

Connecté vingt minutes après être entré dans l'église

La veille de l'attaque, le 25 juillet, le jeune homme partage des messages dans lesquels il assure préparer "des gros trucs". Il demande à ses contacts de partager sa page privée Telegram. "Je vous préviendrai à l'avance, trois quatre minutes avant et quand le truc arrivera, il faudra le partager direct", indique-t-il.

Le jour de l'attaque, il écrit un message à 8h30 dans lequel il demande à ses contacts de "partager ce qui va suivre". Sa dernière connexion a lieu à 9h46 alors qu'il est entré dans l'église vers 9h25. Mais Adel Kermiche ne partage rien. Il est abattu peu après par la BRI de Rouen.