Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : les renseignements français auraient dissimulé leur raté, selon Mediapart

Un membre des services de renseignements français aurait, sur demande de sa hiérarchie, postdaté un document réalisé une semaine avant l’attentat, révèle le site d'investigation.

Des imams posent des fleurs devant l\'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 29 juillet 2016, en hommage au prêtre tué par des jihadistes.
Des imams posent des fleurs devant l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 29 juillet 2016, en hommage au prêtre tué par des jihadistes. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Le meurtre du père Hamel en juillet 2016 à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) aurait-il pu être évité ? Les services de renseignement auraient étouffé un raté, accuse Mediapart (article payant), dans une longue enquête publiée jeudi 4 janvier. Un membre des services de renseignements français aurait, sur demande de sa hiérarchie, postdaté un document réalisé une semaine avant l’attentat.

Lors d’une veille habituelle sur les réseaux sociaux quelques jours avant l’attentat, le fonctionnaire, brigadier du GIP (groupe informatique et procès) de la DRPP (Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris), intercepte un message sur la messagerie chiffrée Telegram. L'auteur incite au jihad et donne des indications pour attaquer une église au couteau par exemple.

Une note non transmise

Par ailleurs, affirme Mediapart, l'auteur donne des éléments qui permettent de l'identifier. Il confie qu'il a essayé de se rendre en Syrie deux fois en usurpant une identité, mais qu'il a été arrêté et qu'il porte un bracelet électronique. Il exhorte également ceux qui le suivent sur le réseau social, à le rejoindre dans une mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray pour des cours. L'auteur de ces messages n'est autre qu'Adel Kermiche. Il va égorger, quelques jours plus tard, le père Jacques Hamel avec Abdel Malik Petitjean.

Le fonctionnaire rédige sa note, mais celle-ci doit être validée par sa hiérarchie avant d'être transmise, car la DRPP opère sur Paris et la petite couronne. Or, comme l'auteur du message est localisé à Rouen (Seine-Maritime), l'affaire revient à la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), qui a une compétence nationale. Selon les affirmations du site d'investigation, la note n'est pas transmise jusqu’au jour de l’attentat. Après l’attentat survenu le 26 juillet, la DRPP aurait alors réalisé son raté, et demandé, selon Mediapart, au brigadier de postdater le document. 

Pas de note postdatée selon la préfecture

Dans un communiqué publié jeudi 5 janvier, la préfecture explique qu’"en aucun cas cette note n’évoque l’imminence d’un passage à l’acte et encore moins le ciblage d’un lieu précis". Cette note du 22 juillet "identifie un individu qui donne des cours à la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray qui appelle, sur les réseaux sociaux, les 'fidèles' à la rejoindre dans le but de former un groupe à vocation terroriste." Le préfet ajoute que cette note "ne comportait pas de caractère d’urgence" et qu'elle a donc suivi "le circuit habituel de validation".

Dès que l’attentat a eu lieu à Saint-Etienne-du-Rouvray le mardi 26 juillet, celui qui avait rédigé la note "a immédiatement fait le lien avec l’individu qu’il avait identifié". La DRPP a alors informé les enquêteurs et a rédigé une nouvelle note datée du 26 juillet, selon la préfecture de police, qui assure que les deux documents, celui du 22 juillet et celui du 26 juillet, existent et sont à la disposition de la justice et des autorités administratives.