Témoignage Disparition de Tiphaine Véron : "Enfin l'enquête va démarrer", se réjouit son frère après avoir été reçu au pôle "cold case" de Nanterre

Deux magistrates françaises enquêtent désormais sur la disparition inexpliquée de Tiphaine Véron au Japon en 2018.
Article rédigé par David Di Giacomo, France Info
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min
Le frère de Tiphaine Veron, Damien Veron, regarde une peinture murale de l'artiste de rue français Rebeb représentant les yeux de sa sœur pour marquer le troisième anniversaire de sa disparition au Japon, près de la gare de Poitiers le 29 juillet 2021. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

"Enfin, l'enquête va démarrer, ça a été vraiment une grande nouvelle pour nous", a réagi vendredi 8 septembre sur franceinfo Damien Véron. Le frère de Tiphaine Véron, a été reçu avec sa famille mardi 5 septembre par deux magistrates du pôle "cold case" de Nanterre, désormais en charge du dossier. Tiphaine Véron a disparu en 2018 au Japon, alors qu'elle était en voyage seule dans la ville de Nikko. Une disparition qui reste inexpliquée.

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"On s'est dit que nous avions été abandonnés par la justice française. Et ce pôle 'cold case', heureusement, nous a sauvés", ajoute Damien Véron qui a retrouvé un peu espoir. "Depuis cinq ans, on se bat parce qu'on est persuadés qu'on peut retrouver Tiphaine", car "on ne peut pas l'abandonner", confie Damien Véron.

Comment s'est passée cette rencontre avec les deux juges d'instruction du pôle "cold case" ?

Damien Véron : Le fait pour nous d'être reçus au pôle "cold case" de Nanterre par la juge Sabine Khéris, en charge de notre dossier, ainsi qu’Emmanuelle Ducos puisqu'il s'agit d'une co-saisine, ça a été vraiment une grande nouvelle pour nous, mais surtout quelque chose de peu habituel puisqu'on se bat depuis cinq ans pour être entendus par la justice française. Et là, on s'est dit enfin, on a été reçus, entendus. Et puis surtout pour nous, enfin, des choses vont avoir lieu. On voit que les juges vont s'emparer du dossier de Tiphaine. Il va y avoir de véritables investigations. Donc, effectivement, pour nous, c'est merveilleux. Enfin, l'enquête va démarrer. On est assez enthousiastes. Et puis voilà le fait d'avoir enfin des juges qui nous écoutent, c'est formidable.

Qu'est-ce que cette rencontre va changer pour vous et pour l'enquête ?

Depuis cinq ans, on se bat sans relâche et finalement, ce qui a été le plus douloureux, c'est finalement de ne pas avoir la justice française à nos côtés. Nous avions été reçus qu'une seule fois jusqu'à présent par la juge d'instruction à Poitiers. Initialement, il n'y avait aucun élément qui nous avait été transmis puisqu'il n'y avait pas eu de véritables investigations. On s'est dit que nous avions été abandonnés par la justice française. Et ce pôle "cold case", heureusement, nous a sauvés. Pour la première fois, on voit que des juges vont faire de véritables investigations. Mais, après cinq ans tout de même, ça a été un combat très dur. Il y a plein de choses qui n'ont pas été faites sur le sol français par exemple, la valise de Tiphaine, nous l'avions récupérée tout de suite, en août 2018 et pendant cinq ans, elle est restée dans l'un de nos placards chez notre mère et il n'y a jamais eu d'analyses faites sur cette valise alors qu'il peut très bien y avoir des échantillons ADN, peut-être du sang sur sa valise, des éléments comme ça. Donc il y a énormément d'actes d'enquête qui vont enfin pouvoir avoir lieu en France. Donc c'est ça la grande nouvelle pour nous. Et ce qui nous donne espoir, c'est que le dossier en France va avancer enfin.

Est-ce important pour vous de récolter des éléments en France avant de retourner au Japon ?

Lorsque maître Corinne Hermann [l'avocate de la famille de Tiphaine Véron] a repris le dossier, l'objectif était vraiment que le dossier soit fort en France. D'où l'importance que le pôle "cold case" ait repris notre dossier. Concernant par exemple la valise de Tiphaine depuis longtemps, nous, on s'interroge. Une demande d'actes va être faite justement. Elle va être adressée aux juges pour qu'il y ait des analyses sur la valise. Le point de blocage maintenant, c'est qu'au Japon, vous n'avez pas d'enquête criminelle ouverte. Une enquête criminelle ouverte au Japon, c'est seulement quand vous avez arrêté le suspect. Donc ça peut paraître paradoxal, mais ils ont un fonctionnement très différent du nôtre. Il n'y a pas de juges d'instruction. Donc, si la personne n'est pas arrêtée en flagrant délit, pas d'enquête criminelle. C'est très embêtant puisque ça constitue des vrais points de blocage.

Les juges vont-elles se rendre au Japon dans le cadre de leurs investigations ?

Lors de cette rencontre avec les deux juges d'instruction, il n'a pas été évoqué directement le fait qu'elles puissent aller au Japon. On a vu que ce pôle était vraiment un pôle essentiel pour les familles. Et surtout, comme le dit Corinne Hermann, le dossier Tiphaine n'est pas un "cold case", mais un dossier complexe. On a vu deux juges d'instruction qui connaissaient le dossier de Tiphaine parfaitement. Notre livre Tiphaine, où es-tu ? (Robert Laffont) que nous avons écrit a été reversé à la procédure. Il a été aussi lu par les deux juges d'instruction. On a vu vraiment qu'elles connaissaient déjà très bien le dossier de Tiphaine et, pour nous, c'était vraiment une nouveauté. Mon objectif, ensuite, c'est vraiment d'aller au Japon pour continuer à appuyer l'enquête sur place. En tout cas, essayer de trouver un maximum d'éléments au Japon, peut-être pouvoir avancer avec nos détectives privés, c'est vraiment important. Le combat va continuer au Japon pour justement trouver un maximum d'éléments. J'espère pouvoir aller au Japon avant la fin du mois.

Ces deux heures passées avec les deux juges d'instruction du pôle "cold case" de Nanterre vous ont-elles redonné espoir ?

Depuis cinq ans avec ma famille, avec ma mère, avec ma sœur Sibylle, mon frère Stanislas, on se bat parce qu'on est persuadés qu'on peut retrouver Tiphaine. Et surtout, on sait qu'il y a une multitude de pistes qui n'ont pas été exploitées. Tant que toutes ces pistes n'ont pas été exploitées, nous sommes persuadés qu'on peut retrouver Tiphaine. Évidemment, on espère qu'elle est en vie quelque part. On va continuer vraiment à fermer toutes ces pistes, comme le disait maître Corinne Hermann, il faut que chaque piste soit fermée. On a l'espoir que ça nous mène jusqu'à Tiphaine. Mais en tout cas, on ne peut pas l'abandonner. C'est ce que nous dit souvent notre mère. Peut-être que Tiphaine est en train d'attendre quelque part en ce moment en se disant : "Mais que font-ils ? Pourquoi ils ne viennent pas me chercher ?" C'est un combat de tous les jours. C'est un combat qui prend beaucoup d'énergie. Mais on est persuadés de pouvoir retrouver Tiphaine. Je pense qu'il est très probable que Tiphaine ait été agressée, mais probablement dans son hôtel. D'ailleurs, c'est le ressenti de toute ma famille, de ma sœur et de ma mère.

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