Suicide d'Evaëlle : ce que l’on sait de la mise en examen d'une enseignante pour harcèlement

Après le suicide de leur fille en juin 2019, les parents d'Evaëlle avaient porté plainte contre sa professeure de français, qui a été mise en examen au début du mois pour harcèlement sur mineure.

Article rédigé par
Armêl Balogog - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Des photos d'Evaëlle au cimetière du Père Lachaise, à Paris, lors de la cérémonie d'obsèques de la collégienne, le 3 juillet 2019. (THIBAULT CHAFFOTTE / MAXPPP)

Suite à l'enquête ouverte après le suicide, en juin 2019, d'Evaëlle, 11 ans, à Herblay dans le Val-d'Oise, une enseignante de français a été mise en examen le 4 septembre pour harcèlement sur mineur, a appris franceinfo vendredi 26 septembre auprès de l'avocate de la famille, confirmant une information du Parisien. Voici ce que l'on sait de cette mise en examen.

Le calvaire d'Evaëlle a duré plusieurs mois

Selon l’avocate des parents d'Evaëlle, Maître Delphine Meillet, la collégienne a été prise comme "tête de turc" par cette enseignante du collège Isabelle Autissier de Herblay, où elle était scolarisée depuis septembre 2018. Puis, des élèves se sont sentis autorisés à la harceler à leur tour. Evaëlle a subi des coups réguliers, des bousculades, des moqueries, rapporte l’avocate de la famille à franceinfo. Voyant que leur fille allait mal, les parents ont pris rendez-vous avec l’établissement. "Un an avant le suicide de la petite, elle a déjà manifesté que ça n'allait pas. Ils ont mis tout en place. Ils sont allés voir le chef d'établissement. Ils sont allés voir la professeure. Ils ont mis leur fille en traitement chez un psychologue, poursuit l'avocate. Ils la faisaient parler. Elle écrivait dans un carnet." 

Mais en novembre 2018, alors que ses parents pensaient que ça allait mieux, Evaëlle a tenté de mettre le feu à la maison familiale et a dit à ses parents "qu’elle voulait juste se tuer elle", explique son père à l’AFP. Les brimades des élèves ont continué et un jour, la professeure a demandé à la collégienne de se placer au milieu de la classe et de dire pourquoi elle se sentait harcelée. Evaëlle avait fondu en larmes, humiliée, rapporte sa mère à France3.

En février, ses parents l’ont changé de collège et l’ont inscrite à Georges-Duhamel, dans la même ville. Mais des élèves ont appris ce qui s’était passé dans l’autre établissement et le harcèlement a recommencé. 

Une enquête est ouverte après le suicide de la collégienne

Les parents d'Evaëlle ont déposé plainte une première fois dès février 2019, quand ils ont changé leur fille de collège. A ce moment-là, leur plainte ne visaient que trois élèves. Ils expliquent à l’AFP avoir été découragés à l'époque de déposer plainte contre l’enseignante. Ils le feront finalement après le suicide de leur fille. Evaëlle a mis fin à ses jours le 21 juin 2019 en se pendant à son lit.

En novembre 2019, le parquet de Pontoise ouvre une information judiciaire pour "harcèlement moral sur mineure de 15 ans". Il ouvre aussi une information judiciaire contre X pour "homicide involontaire". La professeure est brièvement placée en garde à vue et entendue par les enquêteurs. 

L'enseignante d'abord suspendue et mutée en Bretagne 

Prévenu très tôt de la situation, le collège Isabelle Autissier a mis en place une médiation entre la victime et les élèves concernés, l'un d'eux a même été temporairement exclu. Les enseignants ont été formés. Mais l'avocate des parents a "l'impression qu'ils se sont surtout donné bonne conscience".

En février 2019, lorsqu’ils ont déposé plainte, les parents ont aussi prévenu l’Académie de Versailles qui a accepté le changement de collège d'Evaëlle. L’Inspection générale de l’Education nationale a mené une enquête administrative dans les deux collèges où Evaëlle a été scolarisée. Finalement, après le suicide de la pré-adolescente, l'enseignante a été suspendue, puis mutée comme titulaire remplaçante en Bretagne.

Mise en examen avec interdiction d’exercer 

Le 4 septembre 2020, elle est finalement mise en examen, placée sous contrôle judiciaire et a l’interdiction d’exercer son métier. Elle est poursuivie non seulement pour le harcèlement de la fillette mais aussi de trois autres élèves. "La justice a fait ce que l'Education nationale n'avait pas fait", confie l'avocate de la famille au Parisien.

La professeure de français va contester ces décisions de justice devant la cour d’appel de Versailles le 1er octobre prochain. Interrogée par les enquêteurs, elle dit ne pas avoir "la même perception de ce qu'il s'est passé" que les parents d'Evaëlle. Elle a également confié avoir "l'impression d'avoir tout raté : ma façon d'enseigner, de m'adresser aux enfants".

Le rectorat verse une indemnisation à la famille

Le rectorat de l'Académie de Versailles précise dans un communiqué qu'il a versé une indemnisation aux parents d'Evaëlle, à leur demande. "Aucune indemnisation ne pourra remplacer un être cher. La rectrice a souhaité que la famille puisse être accompagnée notamment par une indemnisation majorée par rapport aux montants alloués par les juridictions administratives pour des faits similaires", précise le rectorat.

"Cette démarche démontre le souci d'apaisement de l'académie face à la peine rencontrée par la famille", assure le rectorat. Par ailleurs, le principal du collège Isabelle Autissier a proposé de rendre hommage à Evaëlle le 5 novembre, à l'occasion de la journée internationale de lutte contre le harcèlement. "Un arbre symbolique" sera érigé.


Si vous avez besoin d'aide, si vous êtes inquiet ou si vous êtes confronté au suicide d'un membre de votre entourage, il existe des services d'écoute anonymes. La ligne Suicide écoute est joignable 24h/24 et 7j/7 au 01 45 39 40 00. D'autres informations sont également disponibles sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.

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