Trois questions après la mort d'une fillette dans l'incendie d'un camp de Roms à Bobigny

Le sinistre s'est déclaré vers 5 h 40, mercredi, dans ce camp situé dans le centre-ville. Malgré l'intervention des pompiers, une enfant a été retrouvée morte. Le point sur les circonstances du drame. 

Un incendie a ravagé un important camp de Roms de Bobigny (Seine-Saint-Denis), dans la nuit du 11 au 12 février 2014. 
Un incendie a ravagé un important camp de Roms de Bobigny (Seine-Saint-Denis), dans la nuit du 11 au 12 février 2014.  ( FRANCE 3 ILE-DE-FRANCE / FRANCETV INFO)

Les flammes ont ravagé un important camp de Roms, dans la nuit de mardi à mercredi 12 février, en plein cœur de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Une fillette de nationalité bulgare, âgée de 8 ans, est morte dans l'incendie. Un drame qui soulève plusieurs questions.

Quelles sont les circonstances du drame ? 

L'incendie "s'est déclaré dans le camp vers 5 h 40 et a mené à l'évacuation de 200 personnes", selon la préfecture. Une centaine de pompiers et une trentaine de véhicules ont été mobilisés. Ils sont parvenus à maîtriser le feu en moins d'une heure, vers 6 h 25. C'est après que le brasier a été éteint que le corps sans vie de la fillette, prénommée Mélissa selon les habitants du camp, a été découvert dans une cabane. 

Une enquête a été ouverte pour "déterminer les causes de la mort" de la fillette. Elle a été confiée au service de la police judiciaire de Seine-Saint-Denis, épaulée par la police technique et scientifique. Cette enquête doit aussi déterminer si le sinistre est d'origine criminelle ou accidentelle.

Des habitants du campement affirment avoir entendu des explosions au cours de l'incendie, peut-être dues à des bonbonnes de gaz utilisées pour chauffer les cabanes. D'autres regrettent de ne pas avoir eu d'eau courante pour éteindre les flammes, "malgré des demandes répétées depuis sept à huit mois auprès de la mairie". Daniel Angelo, 28 ans, un Rom qui habitait ce camp, en veut, lui, aux pompiers d'avoir mis, selon lui, trop longtemps "pour arriver sur place".

Les conditions de vie des Roms sont-elles la cause ?

Ce bidonville de 500 mètres carrés, installé depuis plusieurs années rue des Coquetiers, avait déjà été le théâtre d'un incendie, qui n'avait pas fait de victimes, en avril. Le Parti communiste a déploré une mort "prévisible", vue la "précarité" "extrême" dans laquelle vit cette communauté. Le PCF estime qu'elle aurait "pu être évitée".

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a exprimé sa "grande tristesse" après ce drame. Selon lui, cela "souligne de manière tragique les risques qui, souvent, pèsent sur la sécurité des populations installées dans les campements illicites".

Après l'incendie, 80 Roms restaient aux abords du bidonville, certains emmitouflés dans des couvertures de survie. Ils ne savaient pas où aller, après la destruction de leurs cabanons et de leurs caravanes, comme le montre ce reportage de France 3 Paris Ile-de-France. La maire communiste de la ville, Catherine Peyge, a demandé à "rencontrer d'urgence", après ce drame, la ministre du Logement, Cécile Duflot.

Les expulsions sont-elles un facteur aggravant ? 

La maire de Bobigny dénonce la "'chasse' à laquelle ces populations sont exposées", qui aggrave selon elle leur "grande précarité".

La Seine-Saint-Denis est l'un des départements français où vivent le plus grand nombre de Roms, souvent dans des conditions très précaires, dans des bidonvilles aux abords d'autoroutes ou sur des terrains vagues. Après des décisions de justice, les campements sont régulièrement évacués par la police, notamment pour éviter que de trop grands bidonvilles ne s'installent durablement.

En 2013, 135 campements ont été évacués dans le département, selon les autorités, soit plus de deux évacuations par semaine. Cette politique a permis, selon la préfecture, de réduire la présence des Roms – des citoyens européens originaires dans leur grande majorité de Roumanie et de Bulgarie, où ils se disent victimes de discriminations – de 8 000 personnes début 2013 à 3 000 installés dans 46 campements un an plus tard.

Le préfet Philippe Galli, qui s'est rendu sur place dans la nuit, avait décidé de ne plus évacuer ces campements au plus fort de l'hiver. Mais ce type d'opération a repris mi-janvier.