Saisie record de cannabis à Roubaix : "De la cannabiculture à l'échelle industrielle", réagit le directeur de la PJ de Lille

Romuald Muller, directeur interrégional de la police judiciaire de Lille réagit après la saisie de 8 000 plants de cannabis à Roubaix.

Romuald Muller, directeur interrégional de la police judiciaire de Lille.
Romuald Muller, directeur interrégional de la police judiciaire de Lille. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

"On est face à de la cannabiculture à l'échelle industrielle et c'est ce qui nous inquiète en premier lieu", a expliqué Romuald Muller, directeur interrégional de la police judiciaire de Lille, vendredi 8 novembre sur franceinfo, après la saisie record de 8 000 pieds de cannabis cultivés en intérieur dans un entrepôt de Roubaix. "Il faut sortir un peu de cette image qui fait parfois sourire celui qui cultive dans sa salle de bain ou son balcon. On est maintenant face à des réseaux de criminalité organisée", a-t-il souligné.

franceinfo : Comment décririez-vous cette saisie ?

Romuald Muller : On est face à de la cannabiculture à l'échelle industrielle, et c'est ce qui nous inquiète en premier lieu. La cannabiculture progresse depuis maintenant quelques années en France. Elle a beaucoup progressé de manière artisanale. Mais la région des Hauts-de-France est particulièrement touchée par cette échelle industrielle. Quand on parle de cannabiculture industrielle, on parle de plus de 500 plants. On est là sur 8 000 plants qui ont été saisis et détruits, c'est quelque chose de tout à fait important.

Les plants étaient cultivés dans un entrepôt de 2 000 mètres carrés. Les malfaiteurs devaient donc disposer de moyens très importants ?

Oui et c'est toute la difficulté. Il faut sortir un peu de cette image, qui fait parfois sourire, de celui qui cultive dans sa salle de bain ou son balcon. On est maintenant face à des réseaux de criminalité organisée dotés d'une surface financière importante pour acheter le matériel adéquat, des gens qui disposent de réelles compétences pour faire les installations électriques, l'irrigation, la ventilation, disposer également des filières d'écoulement au moment où la production arrive à maturité… J'ajoute aussi que la plupart du temps, ce sont des plants qui sont génétiquement modifiés et dont le taux de THC, autrement dit le niveau de toxicité du cannabis, est bien plus élevé que le taux naturel à 7 ou 8%. On frôle les 30% avec des plants génétiquement modifiés, avec naturellement des conséquences en termes de santé publique.

Le nombre de pieds saisis par la police a été multiplié par 15 dans les Hauts-de-France entre 2015 et 2019. Comment l'expliquez-vous ?

On l'explique par deux raisons. La première, c'est que cette ingénierie que j'évoquais est souvent liée à des individus d'Europe du Nord, notamment des Pays-Bas et de Belgique où la culture sous serre est extrêmement répandue, et donc notre proximité géographique fait qu'on est les premiers impactés. Et la deuxième raison, c'est que la grande métropole lilloise dispose de nombreuses friches industrielles, de locaux commerciaux vacants qui sont propices à ce genre de pratiques.