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Quand le jeu "Amigo" brise une amitié de 35 ans

La justice a tranché : Messaoud Boudissa et Cheikh Guendouzi, deux septuagénaires de Villeneuve-sur-Lot qui se disputent le gain d'un jeu de hasard, devront se partager le pactole. Estimant qu'il a joué et gagné seul, le premier veut faire appel.
Article rédigé par Mathilde Tournier
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 1 min
Franceinfo (Franceinfo)

En vrais amis, Messaoud et Cheikh s'étaient jurés de partager les gains s'ils raflaient la mise. C'était le 31 juillet dernier, à l'abri du soleil de Villeneuve-sur-Lot dans le bar PMU "L'Écrevisse" où les deux septuagénaires ont coutume de se retrouver. Cheikh derrière le comptoir, Messaoud accoudé devant.

Dépourvu, ce dernier demande à son vieil ami de 35 ans de lui faire une avance. Les deux hommes sont liés par un passé d'anciens harkis, débarqués en France en 1963. "Un peu en gueulant" , comme il le relatera plus tard, Cheikh lui tend un billet de 20 euros. À une condition : que Messaoud partage la mise s'il gagne, et lui rembourse la moitié dans le cas contraire. Le patron du bar est lassé de ces prêts à répétition.

"On a dû gagner dans les 30 euros."

Messaoud accepte et demande un ticket d'Amigo, sorte de Loto lancé par la Française des jeux il y a un peu plus d'un an. On y parie des numéros mais, à la différence du Loto, le tirage au sort est quasi-instantané. Il ne faut que quelques minutes à Messaoud pour apprendre qu'il a un ticket gagnant. Pas le montant. "On a dû gagner dans les 30 euros, ça va pouvoir nous rembourser" , aurait-il lâché à Cheikh.

Les 30 euros sont en réalité un million. Il apprend le montant quelques jours plus tard, en se rendant au centre de paiement de la Française des Jeux. Cheikh réclame sa part. Messaoud refuse, estimant qu'il a "gagné tout seul" . Les bons comptes faisant les bons amis, le patron de "L'Écrevisse" saisit le tribunal d'Agen. Faisant valoir la promesse de Messaoud devant témoins. En droit, cela s'appelle une société de participation.

La justice retient l'argument. Vendredi, le tribunal d'Agen a estimé que les
deux hommes devaient partager également les biens gagnés. Messaoud
Boudissa entend déjà faire appel. Pour son avocat, la parole des témoins
ne compte pas. Il entend même porter plainte pour faux témoignage...
Aux jeux de l'amitié et du hasard, les deux hommes ne sortent pas
vraiment gagnants.

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