Cet article date de plus de deux ans.

Policière municipale attaquée : le suspect, schizophrène, était une cible "pour des recruteurs et des idéologues" en prison, selon une sociologue

"Ce sont des individus qu'on retrouve de plus en plus en prison et qui sont souvent passés à l'acte du fait de leur prise en charge très médiocre à l'extérieur", estime sur franceinfo la sociologue Ouisa Kies.

Article rédigé par France Info
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Une gendarme sur le site où un suspect a été vu après l'attaque au couteau d'une policière municipale, le 28 mai 2021, à La Chapelle-sur-Erdre, près de Nantes. (LOIC VENANCE / AFP)

"Ce sont des individus qui sont des cibles pour des recruteurs, pour des idéologues qui sont tout à faits rationnels. Même si ce sont des personnes très minoritaires", en prison a réagi vendredi 28 mai sur franceinfo Ouisa Kies, sociologue, spécialiste de la radicalisation, après qu'un homme a attaqué au couteau une policière municipale à La Chapelle-sur-Erdre.

>> Suivez les dernières informations sur l'agression de la policière municipale dans notre direct

Le suspect, qui a été abattu, souffrait de schizophrénie sévère et s'était radicalisé en prison. Pour la sociologue, une fois "à l'extérieur il y a un déficit de prise en charge", de ce type d'individus car "on ferme de plus en plus d'instituts de jour psychiatrique."

franceinfo : Ce suspect schizophrène, c'est le genre de profil qui incarne la cible parfaite pour des détenus qui tenteraient de radicaliser leurs co-détenus ?

Ouisa Kies : Bien sûr. Ce sont des individus qui sont des cibles pour des recruteurs, pour des idéologues qui sont tout à faits rationnels. Même si ce sont des personnes très minoritaires. Même si tous les psychiatres et médecins rencontrés ces dix dernières années estiment qu'il y a de plus en plus de cas psychiatriques graves notamment les schizophrènes qui sont incarcérés.

C'est le constat que vous faites ?

Ce sont des individus qu'on retrouve de plus en plus en prison et qui sont souvent passés à l'acte du fait de leur prise en charge très médiocre à l'extérieur. Ça aurait pu être juste un passage à l'acte violent et pas forcément lié à une idéologie. Cependant beaucoup de ces individus sont en admiration face aux terroristes ces dernières années, mais la majorité des personnes incarcérées pour des faits de terrorisme n'ont pas de pathologie sévère.

Que faut-il retenir aujourd'hui dans ce qui s'est passé quant au profil du suspect ?

L'administration pénitentiaire avait constaté des éléments de sa radicalisation mais aussi de sa pathologie. Je crois qu'il faut plus retenir sa pathologie que les raisons de son acte aujourd'hui et sa radicalisation liée à l'islam radical. Est-ce que les schizophrènes ont leur place en prison ? En prison, il y a une prise en charge qui est faite. En revanche à l'extérieur, il y a un déficit de prise en charge. On ferme de plus en plus d'instituts de jour. Ce qui rend la prise en charge insuffisante. Et c'est un cercle vicieux.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.