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Yann Moix "fait la mauvaise analyse", car "les policiers veulent aller partout à condition d'en avoir les moyens"

Frédéric Ploquin, journaliste d'investigation et auteur d'un livre fruit de deux ans d'enquête en immersion dans la police, était présent aux côtés de deux policiers venus témoigner de leur quotidien quand Yann Moix s'en est pris à eux.

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Radio France
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Frédéric Ploquin, journaliste d'investigation et auteur du livre "La peur a changé de camp" et "Les narcos français brisent l'omerta", sur franceinfo le 24 septembre 2018. (RADIO FRANCE / FRANCEINFO)

Le journaliste d'investigation Frédéric Ploquin, auteur du livre La peur a changé de camp, fruit de deux ans d'enquête en immersion dans la police, était invité de franceinfo, lundi 24 septembre. Il était présent dans "Les terriens du samedi" pour présenter son ouvrage, dont le titre est à l'origine des déclarations polémiques de Yann Moix, dans cette émission. L'écrivain polémiste avait accusé les policiers de "chier dans [leur] froc", de ne pas avoir "les couilles d'aller dans des endroits dangereux".

franceinfo : Quelle est votre réaction aux propos de Yann Moix ?

Frédéric Ploquin : Yann Moix fait du Yann Moix. Il est la caricature de lui-même. La haine anti-flics est au cœur de mon enquête et il en est l'illustration presque parfaite. Les policiers se sentent abandonnés, méprisés par une partie de l'élite, mais là Yann Moix va beaucoup plus loin. Je trouve qu'il les met en danger, il attise la haine anti-flics, il la nourrit, il met en danger les policiers et par là même il nous affaiblit et nous met d'ailleurs nous-mêmes en danger. Je pense qu'il va au bout de sa logique. C'est quelqu'un qui ne vit pas dans le même monde que les policiers.

Est-ce que Yann Moix a raison de dire que les policiers aujourd'hui n'osent plus se rendre dans certains quartiers ?

Il a lu le titre de mon ouvrage, mais il n'a pas lu le livre. Effectivement, dans certains quartiers, je ne dis pas que les policiers ont renoncé parce qu'ils aimeraient aller partout et ils vont presque partout, mais il y a des moments, au fond de l'Essonne ou des Yvelines, à deux ou trois, ils renoncent car le rapport de forces sur le terrain dans ces quartiers a changé. À deux ou trois, ils ne peuvent pas "reprendre" le terrain et l'occuper, car ils savent qu'ils risquent de se faire lyncher.

Les policiers aimeraient y aller mais se sentent parfois en état de faiblesse parce qu'ils sont trop peu nombreux.

Frédéric Ploquin

à franceinfo

En général, ceux qui les attendent sont très jeunes, nés sous Nicolas Sarkozy ou même un peu plus tard et n'ont connu que cette période où le politique a jugé utile et bon de demander à ces policiers de ne plus trop mettre les pieds dans certains quartiers chauds pour éviter de mettre le feu parce que ça ne faisait pas très bien au niveau du bilan politique de l'élu local et des élus nationaux. Yann Moix, sur ce plan-là, a complètement tort et fait la mauvaise analyse.

Quel est le fléau ?

Dans ces quartiers, au nom d'une certaine forme de paix sociale, on a un peu laissé se développer une économie criminelle parallèle qui, aujourd'hui, draine des milliards dans le seul département de la Seine-Saint-Denis. Mais le plus dur avec les policiers se ne sont pas les voyous professionnels, le plus dur ce sont les jeunes et très souvent les mineurs prêts à tout, qui non seulement n'ont pas peur d'eux, mais qui ont envie de "se les faire", de les taper, qui savent que derrière la justice - parce qu'ils sont mineurs - ne sera pas forcément trop sévère. Encore une fois, les policiers veulent aller partout à condition d'en avoir les moyens, le problème c'est ça.

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