Discriminations lors de contrôles policiers : "Dans quelle République sommes-nous ?" s'indigne la Licra

Le président d'honneur de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme a réagi aux révélations de consignes données aux policiers parisiens de procéder à des contrôles au faciès.

Un contrôle de police à Rennes (illustration)
Un contrôle de police à Rennes (illustration) (JOEL LE GALL / MAXPPP)

"Dans quelle République sommes-nous ?", a interrogé lundi 15 avril sur franceinfo Alain Jakubowicz, avocat et président d'honneur de la Licra, alors que le Défenseur des droits demande une inspection dans tous les commissariats parisiens. Jacques Toubon veut évaluer l'étendue des pratiques discriminatoires. Il a constaté que ces dernières années, il y a eu des ordres, des consignes qui enjoignent de procéder à des contrôles d'identité de "bandes de noirs et nord-africains" ou encore à des "expulsions systématiques des SDF et des Roms". Une enquête née du signalement d'un policier choqué par ces consignes.

franceinfo : Ces consignes sont-elles illégales ?

Alain Jakubowicz : Ces ordres sont illégaux et c'est l'article premier de notre Constitution : c'est l'égalité des citoyens devant la loi. Cela interdit et prohibe tout contrôle d'identité qui serait effectué non pas en fonction d'infractions qui auraient été commises mais de la nature, réelle ou supposée, de la population visée par ces contrôles.

Ces consignes seraient justifiées au sein de la hiérarchie par un "impératif sécuritaire" et la "mise à l'abri de personnes vulnérables". Quelle est votre réaction ?

Si le fait d'être noir ou d'origine maghrébine était une menace pour notre République et pour la sécurité de nos citoyens, il faut le dire ! Parce que c'est ce qu'induit l'ordre ainsi donné à nos policiers. Où sommes-nous ? Dans quelle République sommes-nous ? Quant à la sécurité et l'éviction de ces personnes, disons-le clairement il s'agit de recenser et d'évincer les populations Roms, hommes, femmes, enfants et cela n'est évidemment pas acceptable.

Est-ce un problème culturel ou de formation ?

Il y a un problème de formation et d'ailleurs le Défenseur des droits invite le ministre de l'Intérieur à faire le nécessaire pour qu'une sensibilisation soit faite à l'intérieur des commissariats sur ces questions de discrimination et de racisme. Mais il faut souligner que ces circulaires ne sont pas des ordres nationaux donnés à l'ensemble de la police nationale. C'est un problème circonscrit à quelques commissariats à Paris. Il est à craindre qu'il existe ailleurs sans que nous le sachions. Il faut mettre un terme aussi à ces vieux poncifs : les Roms qu'il faudrait déloger, les noirs et les arabes qui seraient des voleurs et des délinquants. C'est ça qu'il faut déconstruire.

Le récépissé de contrôle d'identité serait-il une solution ?

Je crois qu'effectivement, il est impératif que nous nous dotions, comme un très grand nombre d'Etat démocratiques voisins et notamment en Europe, de systèmes qui permettent d'abord de prohiber ce type de contrôles au faciès et surtout de sécuriser à la fois les populations et les policiers. Le récépissé pourrait peut-être être une des solutions.