Mue de python en Ardèche : "Une chance sur mille pour que le serpent soit dans la nature"

Antoine Soler, responsable scientifique de la Ferme aux crocodiles, a été réquisitionné pour retrouver l'animal dont la peau a été découverte dans la garrigue.

Une vue de Labastide-de-Virac (Ardèche), le 1er septembre 2009.
Une vue de Labastide-de-Virac (Ardèche), le 1er septembre 2009. (MAXPPP)

"Je vais continuer à chercher, même si selon moi, le canular est gros comme une maison." Au bout du fil, Antoine Soler ne cache pas son scepticisme. Pour le responsable scientifique de la Ferme aux crocodiles de Pierrelatte (Drôme), réquisitionné par la gendarmerie pour sa connaissance des reptiles, la situation est claire : la mue de python de près de 4 mètres retrouvée la semaine dernière dans un petit village de l'Ardèche a été déposée par un plaisantin qui souhaitait attirer l'attention des médias.

"La mue était parfaitement propre, comme si elle venait d'être déposée"

L'affaire a pourtant de quoi préoccuper les 215 habitants de la commune de Labastide-de-Virac, où un arrêté a été publié par le maire, qui souhaite éviter la "psychose". La mue appartient en effet à un python birman, "l'un des plus gros serpents du monde, qui peut atteindre 6,5 mètres de long et peser jusqu'à 140 kilos", explique le spécialiste de 23 ans. "C'est un prédateur que l'on retrouve en Asie du Sud-Est, constricteur, et qui possède de grands crocs qui ne sont toutefois pas venimeux", énumère le jeune homme, qui précise que l'animal "a tendance à s'enfuir face aux humains" et qu'il n'attaque "que lorsqu'il est acculé".

Mais pour Antoine Soler, les riverains auraient tort de s'inquiéter. Car non seulement l'animal aurait peu de chance de rester en bonne santé en raison de la fraîcheur des nuits ardéchoises, mais les conditions dans lesquelles sa peau a été trouvée posent question. "La mue a été découverte dans un endroit très reculé, et était parfaitement propre, comme si elle avait été conservée et venait d'être déposée dans la garrigue. En plus, étant constituée de kératine, elle aurait normalement été dévorée par les grillons, qui sont nombreux dans la région, ou se serait décomposée après quelques nuits", continue le spécialiste. Et d'ajouter que si un amateur de reptiles avait décidé de se débarrasser de son animal, "il aurait plutôt choisi de l'abandonner dans le Rhône plutôt que dans un endroit aussi perdu".

"Si cette bête est dans les parages, il faut la sauver !"

Comment retrouver alors le propriétaire de la mue ou de l'animal ? Antoine Soler a sa petite idée. "Le python birman est une espèce considérée comme dangereuse, et sa détention est réglementée depuis 2004. Pour en avoir un chez soi, il faut un document appelé certificat de capacité d'élevage qui n'est vraiment pas simple à obtenir. Pour l'avoir, j'ai dû patienter un an, entre les procédures administratives et les formations obligatoires", explique le responsable scientifique de la Ferme aux crocodiles. Un amateur moins scupuleux aurait également pu en acheter en Allemagne ou en Espagne, où la procédure est plus souple, avant de le rapatrier chez lui, précise toutefois le jeune homme. Dernière possibilité : la peau aurait pu être achetée comme souvenir dans un pays d'Asie du Sud-Est, d'où cet animal est originaire.

S'il juge qu'il "n'y a qu'une chance sur mille pour que le serpent se balade vraiment dans la nature", Antoine Solère va donc tout de même continuer ses recherches bénévoles dans la garrigue. "J'ai disposé des tôles un peu partout dans les environs, que je retourne régulièrement. Ce sont des abris chauds qui peuvent attirer ce type de python. Si cette bête est dans les parages, il faut la sauver !"