Le Chaudron, symbole malgré lui de la contestation réunionnaise

Ce quartier au coeur des émeutes sur l'île de la Réunion. La sociologue Elianne Wolff explique que, contrairement aux apparences, il n'est jamais à l'origine des violences. 

(RICHARD BOUHET / AFP)

Le quartier du Chaudron. Cela fait plusieurs jours que des émeutes touchent la Réunion, que les nuits d’une poignée de communes de l’île sont le théâtre d'affrontements entre police et groupes de jeunes. Et plusieurs jours que l’on entend son nom. Ce quartier populaire de l’Est de Saint-Denis fait figure de symbole des violences qui éclatent à la Réunion, car il catalyse, historiquement, les heurts qui prennent place autour de la capitale. Et récupère, à tord, une réputation de cité d’où émaneraient les violences.  

Une fois de plus, ce quartier qui compte plus de 40 000 habitants au coeur des émeutes, apparues en marge de manifestations contre le prix du pétrole et la vie chère

La sociologue Eliane Wolff vit à la Réunion et a beaucoup travaillé sur le Chaudron. Elle revient pour FTVi sur son histoire, et les raisons qui en font un lieu très médiatisé au moment des émeutes.

  • Une cité de logements sociaux érigée dans les 70s

Le vrai nom du Chaudron, c’est la cité Michel Debré. Érigée au début des années 70 à l’initiative du député du même nom, c’est le premier quartier de logements sociaux de l’île. L’objectif de l’époque était de reloger les citoyens qui vivaient dans des bidonvilles. "C’est la première fois qu’on a construit des barres d’immeubles, explique Eliane Wolff, mais c’est beaucoup moins haut que celles qu'on retrouve en métropole, ça n’y ressemble pas du tout".

Le quartier est situé à l’Est de Saint-Denis, dans le lieu-dit du Chaudron. "Sa particularité, c’est qu'il a la forme d’une cuvette" décrit la sociologue, ce qui a participé au mythe du quartier "et aux métaphores qu'on utilise quand des événements violents y ont éclaté".

  • Catalyseur de la contestation sociale malgré lui

C’est la troisième fois dans l’histoire de l’île que des événements d’une telle intensité ont lieu. Les émeutes les plus violentes ont eu lieu en 1991. A l’époque, une chaîne de télévision pirate, la seule à émettre des programmes toute la journée. Dans une population largement touchée par le chômage, le sentiment d'injustice s'ajoute aux revendications sur l’égalité sociale.

"Les manifestations ont toujours lieu devant la préfecture, qui représente le pouvoir, la France", rapporte Eliane Wolff. Quand elles dégénèrent, les manifestants sont chassés par les policiers, rabattus hors du centre ville, vers le quartier le plus proche. Celui du Chaudron.

"C’est un endroit où il y a une concentration importante de gens", commente Wolff. "Il y a des magasins de consommation, des pharmacies, une petite zone industrielle à proximité". Les kanyars (délinquants, en créole réunionais) pillent les magasins d’alimentation et font face aux CRS. "Le scénario se répète à l’identique à chaque fois, et c’est également comme ça que ça s’est produit sur les derniers jours", raconte Eliane Wolff. 

  • Toujours le même scénario

Pourtant, le quartier du Chaudron, même s'il est particulièrement frappé par le chômage, mais n’a jamais été, selon la sociologue, à l’origine des violences.

"Il ne faut pas avoir une vision angélique du Chaudron, mais ce n’est pas du tout un quartier coupe-gorge. Ce n’est pas le quartier qui implose comme on peut le lire partout. Si vous regardez les dernières émeutes, 80% des personnes qui y ont été arrêtées n’y habitent pas."

Les habitants du quartier sont aussi, toujours selon la sociologue, les premières victimes de ces violences. "C’est leur quartier qui brûle, leur centre social. Ils ne veulent pas ça !". Pour la première fois, une marche blanche a été organisée dans le Chaudron pour protester contre les pillages et les émeutes qui ravagent le quartier.

  • Propagation

"Il y a un malaise social très lourd à la Réunion" poursuit Eliane Wolff. "Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est que les émeutes se propagent à d’autres villes de l’île qui n’avaient jamais été touchées". Selon elle, davantage qu’un pic de violences ponctuel, "c’est le symbole d’un désespoir social très fort"