Incendies en Sibérie : un "cercle vicieux qui amplifie le réchauffement climatique"

En Sibérie, 12 millions d'hectares de forêts sont partis en fumée depuis le début de l'année.

Un hélicoptère Mi-8 au-dessus d\'un incendie de forêt dans la région de Krasnoyarsk, en Russie.
Un hélicoptère Mi-8 au-dessus d'un incendie de forêt dans la région de Krasnoyarsk, en Russie. (ALEXANDR KRYAZHEV / SPUTNIK)

"À travers ces incendies, il y a tout un enchaînement qui amplifie le réchauffement climatique", a déclaré mardi 13 août sur franceinfo Jean Jouzel, climatologue et ancien vice-président du groupe scientifique du Giec, alors que 12 millions d'hectares de forêts sont partis en fumée depuis le début de l'année en Sibérie (Russie).

franceinfo : Ces incendies en Sibérie sont-ils imputables au réchauffement climatique ?

Jean Jouzel : Les études sur la période récente montrent un lien entre les grands incendies et le réchauffement climatique dans certaines régions. Cela a été le cas en 2010 également. Il y a des conditions qui sont propices à ces incendies, des périodes très chaudes pendant lesquelles en Sibérie il faisait 5 à 8°C plus chaud par rapport aux températures normales.

Quand on regarde la Sibérie, sur l'ensemble de l'année< 2019, 12 millions d'hectares ont été ravagés. Ce sont les premières estimations, il n'y a pas encore d'article scientifique. Mais on estime que les émissions de gaz carbonique sont équivalentes à celles d'un pays comme la France sur une année.

Il y a une autre conséquence. Le problème de ces incendies, ce sont aussi les incendies rampants dans les tourbières, qui se consument très lentement et contribuent également à ces émissions de gaz carbonique. Cela peut faire fondre le permafrost dans certaines régions, ces sols gelés qui eux-mêmes contiennent beaucoup de matière organique.

Les incendies causés par le réchauffement climatique participent donc aussi eux-mêmes au réchauffement ?

C'est un cercle vicieux effectivement. Il y a la pollution locale, qui est très importante pour les habitants. En termes de climat, ces émissions de gaz carbonique, gaz à effet de serre, sont le premier contributeur au réchauffement climatique, le second étant le méthane.

On peut parler d'une certaine façon de déforestation. Les incendies accroissent les quantités de CO2 dans l'atmosphère, de façon notable dans le cas de cette année 2019. Il y a d'autres aspects. Ces fumées vont aller jusqu'à certaines glaces de l'océan Arctique et accélérer leur fonte, qui elle-même accélère le réchauffement. Il y a aussi ce risque de dépôt de pollution, y compris jusque sur le Groenland.

À travers ces incendies, il y a tout un enchaînement qui amplifie le réchauffement climatique. C'est la crainte des climatologues. Il y a toutes les raisons de craindre que ces incendies géants continuent à se développer. Ils sont naturels, ils sont liés à la foudre. Ils continuent à s'étendre dans un climat plus chaud. C'est une mauvaise nouvelle. On le pressentait, mais là on a maintenant ce type d'événement sous les yeux.

Dans certaines régions comme en France, les incendies sont plus facilement maîtrisables et maîtrisés. En France, les feux de forêts ont plutôt tendance à diminuer justement parce que la prévention est mieux faite. On a bien vu que ce n'est pas le cas en Russie. C'est assez facile d'accuser le gouvernement russe, mais c'est très difficile de maîtriser ces incendies dans des régions où il y a une très faible population. On comprend le désarroi des autorités russes.

Douze millions d'hectares partis en fumée depuis le début de l'année, est-ce un écosystème qui s'effondre ?

Oui c'est une perte de biodiversité. Il y a aussi une richesse, une biodiversité, des animaux qui souffrent. Tout le monde souffre dans ces régions. C'est vraiment une catastrophe écologique au plein sens du terme. Et il y a un risque que ces catastrophes écologiques se multiplient de façon encore plus importante dans un climat plus chaud.