"Toute la journée il fallait se laver le visage, se laver partout" : 43 ans après, retour sur le drame de Seveso en Italie

Le nom "Seveso" est connu comme étant une réglementation européenne sur les risques industriels. Mais ce terme provient en réalité d'une castastrophe qui a eu lieu il y a 43 ans en Italie, à Seveso. Reportage dans cette petite ville où les dioxines sont toujours présentes.

Panneau informant les riverains de l\'emission de substances toxiques après le drame de Seveso, en Italie, en 1976. 
Panneau informant les riverains de l'emission de substances toxiques après le drame de Seveso, en Italie, en 1976.  (HULTON DEUTSCH / CORBIS HISTORICAL VIA GETTY IMAGES)

Il ne reste plus que quelques murs de l'ancienne usine. A sa place, un terrain de sport et une piscine construite exactement sur l'emplacement du réacteur. C'est ici que sont enterrées, dans une vasque en béton, les déchets contaminés. Un peu plus loin, une autre vasque, bien plus grande, sur laquelle un parc a été planté en mémoire du désastre de Seveso.

Aujourd'hui, "Seveso" désigne une série de directives européennes sur les risques industriels. Mais derrière ce terme se cache une catastrophe qui a eu lieu il y a plus de 40 ans à Seveso, petite ville à une vingtaine de kilomètres au nord de Milan. Cette commune de 23 000 habitants a vécu un drame en 1976, lorsque des produits chimiques se sont échappés de l'usine ICMESA et qu'un nuage blanc s’est alors propagé. À l'époque, personne ne parlait du danger. 

Giuseppe avait alors 16 ans, il se souvient que ses parents ne cessaient de lui dire de se laver : "Ils avaient peur d'être contaminés après que les dioxines se sont échappées. Mon père et ma mère demandaient des médicaments et toute la journée, il fallait se laver, se laver le visage, se laver partout. Au point qu'aujourd'hui, ils ont encore peur de ces dioxines. C'était comme une guerre."

Des risques pour la santé encore inconnus

Pendant dix ans, il est interdit de cultiver la terre. Mais depuis, aucune analyse sur les aliments n'a été réalisée et aujourd'hui, personne ne sait si les aliments sont contaminés. Le gouvernement a finalement décidé en juin dernier de les contrôler. Gianni Del Pero vit sur place. Il préside le WWF en Lombardie et il attendait cela depuis longtemps : "Par l'intermédiaire des aliments, les dioxines sont plus dangereuses si on les ingère, explique t-il. Après tant d'années d'attente, le ministre de l'Environnement a signé un décret pour permettre uniquement l'utilisation d'aliments sains et non contaminés. Ce qui n'avait malheureusement pas été fait jusqu'à maintenant. On peut penser raisonnablement que le risque pour la santé sera très faible. Mais aujourd'hui on ne le sait pas."

Le risque porte aussi sur l'inhalation des dioxines qui pourraient de nouveau s'échapper dans l'air. Le maire de Seveso souhaite, lui, transformer la route nationale au bord du parc de l'ancienne usine en autoroute : "Nous en avons besoin parce que nous devons améliorer les déplacements. Nous sommes sur un territoire où il y a beaucoup de travailleurs avec plein d'industries, il nous faut cette autoroute. Mais bien sûr cela doit aller de paire avec la protection de la santé des citoyens".

Au total dix millions d'euros devront être investis pour assainir les terrains à déplacer : c'est le prix à payer et ainsi éviter que les dioxines de Seveso ne s'échappent à nouveau.

Le reportage de Bruce de Galzain
--'--
--'--