Risque industriel : "Il faudrait généraliser ce qui se passe à Fos-sur-Mer", selon Cyrille Moreau (EELV), après le rapport sur Lubrizol

Le vice-président EELV de la Métropole Rouen-Normandie met en doute la "transparence" de l'État et de l'industriel sur l'affaire de l'incendie de l'usine de lubrifiants rouennaise en 2019 après la publication des conclusions de la commission d'enquête du Sénat.

L\'audition d\'Éric Schnur, le président de Lubrizol devant la commission d\'enquête du Sénat, le 22 octobre 2019.
L'audition d'Éric Schnur, le président de Lubrizol devant la commission d'enquête du Sénat, le 22 octobre 2019. (AURELIEN MORISSARD / MAXPPP)

"Il faudrait généraliser ce qui se passe à Fos-sur-Mer" (Bouches-du-Rhône) en termes de prévention des risques, a estimé sur franceinfo jeudi 4 juin Cyrille Moreau, vice-président EELV de la Métropole Rouen-Normandie, alors que la commission d'enquête du Sénat a publié ses conclusions concernant l'incendie à l'usine de lubrifiants de Rouen en septembre 2019. Cyrille Moreau dénonce un manque de "transparence" : "On peut se demander si l'industriel a tout transmis à l'État et si l'État a tout transmis à ses ministres", déplore-t-il.

Avez-vous l'impression que l'on a tenté de passer à autre chose rapidement après l'incendie de Lubrizol ?

Oui, et ça avant même le confinement parce que le suivi sanitaire n'a jamais eu lieu. Dès le début de la crise l'État aurait dû mettre en place un registre de santé pour assurer un suivi grâce aux médecins de proximité et mesurer s'il y avait des risques ou non de long terme.

On était dans un déni de l'État de mesurer les conséquences en matière de santé et en matière d'environnement. Cyrille Moreau, vice-président EELV de la Métropole Rouen-Normandieà franceinfo

Lorsque vous discutez avec des gens de terrain, on considère qu'on ne saura jamais l'impact parce que pour savoir l'impact, il aurait fallu collecter les informations, dès quasiment le lendemain de l'accident et comme on n'a pas fait ce travail-là, on ne pourra pas analyser des données qui n'existent pas. Quand vous n'avez pas de transparence, vous faites monter la peur et la peur mène au complotisme. La bonne solution, c'est la transparence. Sur le territoire industriel de Fos-sur-Mer, ils ont pris une initiative qui est très intéressante.

De quelle initiative parlez-vous ?

Pour résumer, ils ont mis en place un observatoire permanent qui analyse l'impact des industries sur l'environnement et sur la santé. On est donc capable d'assurer le suivi de la population.

Il faut sortir du schéma français où on attend qu'il y ait une catastrophe pour s'interroger sur ce qui se passe. Il faut anticiper les choses.Cyrille Moreau

Il faudrait généraliser ce qui se passe à Fos-sur-Mer. La transparence, aujourd'hui, elle n'existe pas. On peut se demander si l'industriel a tout transmis à l'État et si l'État a tout transmis à ses ministres. Il y a des défaillances en matière de transparence.

Le rapport de la commission d'enquête va-t-il assez loin selon vous ?

C'est un rapport qui est de qualité et complet. Il écarte certains sujets et on peut le comprendre puisqu'il vient du Sénat et là ça remet en question certains intérêts industriels. Mais le vrai enjeu, c'est 'est-ce que l'État va le prendre en compte et surtout mettre en place les moyens' ? Comme le dit très bien le rapport, il ne faut pas créer une structure de plus Théodule, il faut augmenter les effectifs des services de contrôle qui, par le passé, ont été réduits quand les besoins ont augmenté. Cela a conduit l'État à simplifier les autorisations administratives qui ont permis à des milliers de tonnes de produits chimiques de venir sur le site de Lubrizol sans une enquête préalable.