Immeubles effondrés à Marseille : "La méthode la plus efficace" pour retrouver des traces de vie "ce sont les chiens", explique la Fédération des sapeurs-pompiers de France

Invité de franceinfo, le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France explique que le recours aux chiens reste l'option "la plus efficace" après l'effondrement de deux immeubles à Marseille, rue de Tivoli, dans la nuit de samedi à dimanche.
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Le lieutenant-colonel Jean-Paul Bosland, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France invité de franceinfo le mardi 11 avril. (FRANCE INFO / RADIO FRANCE)

Après un effondrement d'immeuble, "la méthode la plus efficace" pour retrouver des traces de vie sous les décombres "ce sont les chiens", explique mardi 11 avril sur franceinfo le lieutenant-colonel Jean-Paul Bosland, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Ce spécialiste des questions relatives au sauvetage et au déblaiement explique le déroulé des opérations de secours qui sont toujours en cours à Marseille après l'effondrement de deux immeubles rue de Tivoli dans la nuit de samedi 8 au dimanche 9 avril, faisant au moins six morts selon un bilan provisoire. Selon le lieutenant-colonel Jean-Paul Bosland, les chiens ont un rôle décisif à jouer dans ce genre d'opérations, car "ils utilisent leur flair" et peuvent "détecter une personne vivante ou inconsciente, ce que ne peuvent pas les moyens électroniques".

franceinfo : Comment expliquer que le travail des secours soit aussi long ?

Lieutenant-colonel Jean-Paul Bosland : Ce type d'opérations est toujours long quand on vient sur un immeuble qui s'est effondré. À Marseille, on a un élément défavorable dès le début, à savoir le feu qui était présent [sous les décombres] et qui a forcément freiné les opérations. L'opération se déroule en deux temps : il y a une première phase de recherche pour identifier l'emplacement des personnes susceptibles d'être dans les décombres. La deuxième phase [se déroule] une fois ces victimes localisées, c'est une opération de sauvetage.

"Au fur et à mesure, quand vous démontez les décombres pour accéder aux victimes, vous êtes obligés de sécuriser le site pour éviter des effondrements supplémentaires, ce qui demande du temps."

Lieutenant-colonel Jean-Paul Bosland, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France

à franceinfo

Le maire de Marseille Benoît Payan utilise l'expression "opérations chirurgicales" pour décrire le travail des secours. Êtes-vous d'accord avec ce terme ?

C'est ça. Dès le début de l'intervention, il faut prendre les précautions de sécurisation. L'ensemble des bâtiments, celui qui s'est effondré et ceux qui sont voisins, ont été déstructurés, l'équilibre architectural a donc été touché et on a un vrai risque d'effondrement supplémentaire. Si vous avez des sauveteurs sous les décombres à ce moment-là, c'est très compliqué. Il faut donc commencer à sécuriser, à purger certains bâtiments. On va alors utiliser des engins de chantier de manière à enlever ces risques d'effondrement, en les déposant et en les faisant tomber.

>> Effondrement d'immeubles à Marseille : "Il peut y avoir des réactions en chaîne", prévient Patrick Coulombel, co-fondateur des "Architectes de l'urgence"

Six corps ont été retrouvés jusqu'à présent et au moins deux personnes sont toujours recherchées. Y a-t-il, selon vous, encore un espoir même infime de les retrouver vivantes ?

Sur des effondrements de bâtiment, vous pouvez avoir un plancher en bois qui tombe en oblique et crée une poche de survie qui peut donc permettre aux victimes pendant plusieurs heures voire plusieurs jours [de rester en vie]. On a vu en Turquie des personnes être dégagées tardivement.

Comment vos collègues cherchent-ils les traces de vie ?

La méthode la plus efficace, ce sont les chiens. Le chien va utiliser son flair : II va être sur les décombres et prendre les effluves des personnes ensevelies en dessous. À Marseille, dès le début avec les dégagements de fumée, ils ne pouvaient pas travailler. Mais le chien reste le moyen le plus efficace, car il détecte une personne vivante ou inconsciente, ce que ne permettent pas les moyens électroniques. Il suffit qu'il y ait un courant d'air pour que l'odeur remonte. Le chien va ainsi pouvoir faire un marquage, c'est-à-dire qu'il va s'arrêter et aboyer. On a alors des moyens complémentaires comme des caméras qu'on entre dans les décombres pour repérer l'emplacement exact où se situe la victime.

Une enquête a été ouverte pour homicides involontaires. Au vu de tous les éléments que vous avez à votre connaissance, la piste de l'explosion liée au gaz vous semble-t-elle la plus crédible ?

Aujourd'hui, les collègues marins-pompiers et sapeurs-pompiers travaillent en partenariat avec la police pour garder des pièces à conviction sur le dégagement des décombres qui pourraient permettre d'identifier l'origine de cette explosion. Les éléments qui sont retirés sont ensuite analysés par la police. Il n'y a pas de doute qu'on soit sur l'explosion au vu des témoignages. Maintenant, est-ce que c'est le gaz, et si oui pourquoi ? C'est là, le travail [mené] sous l'autorité du parquet.

200 personnes qui habitaient autour de cet immeuble du 17 rue de Tivoli ont été évacuées ce week-end. Sait-on quand et à quelles conditions elles pourront retrouver leur domicile ?

Le travail qui est effectué aujourd'hui par des ingénieurs en bâtiment, c'est justement de regarder et d'estimer la stabilité des bâtiments alentours. C'est seulement après leur passage et leur engagement que le retour de ces personnes pourra se faire ou non. Chaque bâtiment est vérifié, des fondations jusqu'à la toiture de manière à savoir si le bâtiment a subi des dégâts suite à l'explosion et savoir quel est son niveau de stabilité.

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