Effondrements d'immeubles à Marseille : une association dénonce "la politique d'abandon" de la mairie

Une association estime que la mairie de Marseille laisse "pourrir" le quartier de Noailles, où se sont effondrés deux immeubles lundi 5 novembre.

Le travail des secours lors de l\'effondrement des immeubles à Marseille.
Le travail des secours lors de l'effondrement des immeubles à Marseille. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

Le membre fondateur de l'association "Un centre-ville pour tous", Patrick Lacoste, a dénoncé mardi 6 novembre sur franceinfo "la politique d'abandon" de la mairie de Marseille qui "laisse pourrir littéralement sur place" le quartier Noailles, où deux immeubles, dont le mauvais état était connu, se sont effondrés lundi 5 novembre, faisant au moins trois morts. Un troisième immeuble s'est à son tour effondré dans la journée. "Nous mettons absolument en cause la responsabilité politique des élus", a-t-il ajouté, tout en demandant "une intervention publique massive" pour traiter les autres immeubles en mauvais état dans cette partie de Marseille.

franceinfo : Aviez-vous des craintes concernant ces immeubles qui se sont effondrés ?

Patrick Lacoste : Concernant ces deux immeubles, absolument ! Parce qu'ils avaient déjà été interdits d'habiter et en état d'arrêté de péril imminent en 2017, et aussi bien les services compétents, les élus, que les associations qui œuvrent pour le droit au logement à Marseille, étaient parfaitement au courant de l'état dangereux de ces immeubles. Tout le monde savait. Nous sommes dans une situation d'incurie généralisée de la municipalité qui se désintéresse de ce quartier de Noailles qui est habité par une population pauvre, couche moyenne, dans lequel il y a énormément de mal logement depuis des décennies. Ce quartier a été traité par un programme de restauration immobilière de 2009 à 2014 qui permettait à la mairie et à l'État d'avoir des moyens coercitifs mais, depuis 2014, arrêt des opérations, la mairie laisse pourrir littéralement ce quartier sur place.

Les élus sont-ils responsables ?

Nous mettons absolument en cause la responsabilité politique des élus qui mettent l'argent ailleurs, par exemple dans la tour Euroméditerranée, dans laquelle les citoyens, les contribuables marseillais, vont dépenser 75 millions d'euros sur 12 ans pour louer cette tour pour mettre des employés dedans, alors qu'au bout de 12 ans les citoyens n'auront rien, alors qu'on aurait pu construire un immeuble pour les services de la ville. Ce qu'on appelle la politique d'abandon, c'est le fait que sur le quartier de Noailles, il manque des écoles, qu'on vend le patrimoine au lieu de faire des centres sociaux, une crèche qui manque et du logement social. Pour l'investissement, l'aide aux propriétaires ou faire du logement social, la mairie a renoncé évidemment à investir.

Combien d'immeubles pourraient s'effondrer comme ceux-ci à Marseille ?

Entre Noailles et Belsunce, plusieurs dizaines certainement. Il faut une intervention publique massive, il faut que l'État se réveille parce que là l'État a été en grave défaut sur le péril imminent sur l'immeuble du 65 rue d'Aubagne qui était habité par des habitants réguliers, propriétaires ou locataires, et non pas comme ça a été dit, par certains élus hier, par des squatteurs. Donc il faut une intervention massive à la fois pour racheter les immeubles et faire du logement social, ou pour aider les propriétaires occupants et bailleurs à réhabiliter leurs immeubles.

Une étude datée de 2015 fait état de 40 000 logements à risque à Marseille. Ce chiffre correspond-il à ce que vous avez pu constater ?

Absolument. Le rapport de Christian Nicole pour la ministre du Logement et de l'Aménagement pointe 100 000 personnes dans des logements en état potentiellement dangereux ou insalubre, dont à peu près la moitié sur les grandes copropriétés et la moitié sur les petites copropriétés, en particulier du centre-ville. Ce rapport aurait dû amener une suite, il aurait dû amener une action, or il a été caché aussi bien par l'État que par la municipalité pendant six mois et c'est le délégué général de la Fondation Abbé Pierre et notre association qui l'ont révélé dans une conférence de presse et du coup ça a été repris par toute la presse et ce rapport est connu. Il appelait à une action imminente.