Des restes de victimes du nazisme découverts à Strasbourg

Un chercheur a retrouvé plusieurs restes humains contenus dans un bocal et des éprouvettes à l'institut de médecine légale de Strasbourg.

Les restes appartiennent à des victimes exécutées au camp de Natzwiller-Struthof (Bas-Rhin).
Les restes appartiennent à des victimes exécutées au camp de Natzwiller-Struthof (Bas-Rhin). (PATRICK SEEGER / AFP)

Une découverte qui fait froid dans le dos. Des restes de victimes de l'anatomiste nazi August Hirt, conservés dans un bocal et des éprouvettes, ont été découverts récemment à l'institut de médecine légale de Strasbourg, a annoncé samedi 19 juillet la municipalité dans un communiqué.

Des fragments de peau dans un bocal

 

La découverte, inattendue, a été faite le 9 juillet par l'historien Raphaël Toledano, auteur de plusieurs travaux sur la question, dont Le nom des 86, un documentaire réalisé par Emmanuel Heyd. Avec le concours du directeur actuel de l'Institut de médecine légale de Strasbourg, le Pr Jean-Sébastien Raul, le chercheur est parvenu à identifier plusieurs pièces, parmi lesquelles "un bocal contenant des fragments de peau d'une victime de chambre à gaz".

Le chercheur a également découvert "deux éprouvettes renfermant le contenu de l'intestin et de l'estomac d'une victime et un galet matricule utilisé lors de l'incinération des corps" au camp de concentration alsacien de Natzweiler-Struthof.

Ces restes appartiennent à plusieurs des 86 victimes d'un projet de "collection de squelettes juifs" voulu par August Hirt. La majeure partie des restes, en grande partie découpés, avait été retrouvée par les alliés peu après la libération de Strasbourg en 1944, et fut rapidement inhumée dans un cimetière juif.

Des éléments retrouvés grâce à un courrier de 1952

Les pièces retrouvées à présent sont des éléments qui avaient été conservés par un professeur de médecine légale de la Faculté de médecine de Strasbourg, Camille Simonin, dans le cadre de l'enquête sur les crimes du docteur Hirt. Camille Simonin avait été chargé par les autorités militaires d'effectuer des autopsies judiciaires pour "établir les conditions ayant conduit à la mise à mort délibérée" des victimes.

Dans ses recherches, le chercheur Raphaël Toledano a été aiguillé par une lettre de ce professeur datant de 1952. Le courrier de ce professeur faisait notamment "mention de bocaux contenant des prélèvements effectués au cours des autopsies judiciaires réalisées sur les victimes juives de la chambre à gaz du Struthof".

"Les étiquettes identifient chaque pièce avec précision et font notamment état du matricule 107969, qui correspond au numéro qui fut tatoué au Camp d'Auschwitz sur l'avant-bras de Menachem Taffel, une des 86 victimes (...) comme cela est confirmé par les archives du Camp d'Auschwitz", a-t-on ajouté.

Une affaire relancée par un livre de Michel Cymès

La municipalité entend remettre les pièces découvertes à la communauté juive de Strasbourg. Elles feront l'objet d'une inhumation et doivent rejoindre les restes des victimes enterrés au cimetière israélite de Cronenbourg à l'ouest de la métropole alsacienne, précise la municipalité.

La polémique autour de l'existence longtemps mise en doute de restes de victimes du nazisme à l'institut de médecine légale de Strasbourg avait été relancée en janvier après la publication d'un livre du médecin et chroniqueur de télévision Michel Cymès, consacré aux médecins des camps de concentration. Dans ce livre publié en janvier, Michel Cymès avait cité des témoignages selon lesquels des coupes anatomiques des 86 réalisées à l'époque nazie était toujours conservées à l'institut.

En réaction à cette publication, des chercheurs, l'Université de Strasbourg et l'institut de médecine légale avaient alors catégoriquement réfuté l'existence de ces restes non inhumés des victimes.