Bébé dans le coffre : "Avant le déni de grossesse, il y a un déni de la vie affective"

Sophie Marinopoulos, psychologue et auteure de "Elles accouchent et ne sont pas enceintes", revient sur l'hypothèse que la mère de l'enfant découvert en Dordogne ait pu faire un déni de grossesse.

C\'est dans la pièce du bas de cette maison de Brignac-la-Plaine (Corrèze) que vivait le bébé qui a été découvert dans le coffre de la voiture de sa mère, le 25 octobre 2013. 
C'est dans la pièce du bas de cette maison de Brignac-la-Plaine (Corrèze) que vivait le bébé qui a été découvert dans le coffre de la voiture de sa mère, le 25 octobre 2013.  ( MAXPPP)

Elle affirme n'avoir jamais maltraité son enfant et assure, au contraire, avoir "essayé de la maintenir en vie". La mère corrézienne du bébé retrouvé dans le coffre d'une voiture en Dordogne a témoigné sur TF1, dimanche 3 novembre, dans l'émission "Sept à huit". Ses déclarations tendent à accréditer la thèse du déni de grossesse, déjà défendue par son avocate. Le mari et les trois autres enfants de la famille affirment ignorer l'existence de la fillette âgée de presque 2 ans, dont la gestation est également passée inaperçue. Sophie Marinopoulos, psychologue et auteure de Elles accouchent et ne sont pas enceintes (Ed. Les liens qui libèrent), revient sur cette théorie.

Francetv info : Pensez-vous que cette affaire présente toutes les caractéristiques d'un déni de grossesse ? 

Sophie Marinopoulos : Il faut rester prudent. Tant que l'on n'a pas tous les éléments de l'enquête et que l'on ne connaît pas l'histoire de cette femme, il est difficile de se prononcer. Son discours peut aussi apparaître un peu "plaqué", comme si elle avait intégré les éléments du déni de grossesse. Il ne faut pas oublier que dans ce cas, l'altération du discernement étant reconnue, la personne encourt une peine moins lourde.

N'y a-t-il pas, malgré tout, des signes qui ne trompent pas ?

Le fait que cette femme ait vécu un précédent déni de grossesse (pour son deuxième enfant, âgé de 9 ans), comme l'affirme sa sœur, est un élément à prendre en compte. Dans les cas de déni de grossesse, les naissances précédentes sont souvent découvertes tardivement. C'est un signe précurseur. Visiblement, la famille de cette dame, pourtant présente lors de la naissance impromptue du deuxième enfant, n'a pas su s'en saisir et la prendre en charge.

Justement, comment toute une famille peut ignorer la présence d'un bébé dans une maison ? 

Ce n'est pas seulement une femme qui porte le déni. C'est une construction familiale, c'est pour cela que ça tient. On observe souvent une défense psychologique chez les conjoints. Il y a un déni du déni. Et ces drames surviennent plutôt dans des familles taiseuses, qui souffrent d'une pauvreté affective, émotionnelle et psychique. Mais pas nécessairement sociale. Ce qui est sûr, c'est que cette femme est en grande souffrance. Elle a dû subir une grande carence affective. Avant le déni de grossesse, il y a le déni de la vie affective, le déni du corps, de soi.

Selon cette mère au foyer, sa fille, prénommée Serena, "ne pleurait pas, ne faisait pas de bruit". Comment l'expliquer 

Elle a certainement dû pleurer au départ. Mais au bout d'un moment, s'ils ne sont pas stimulés, ces bébés tombent dans un repli un peu autistique et sont dans un état de semi-conscience. Ils prennent à minima, demandent à minima. Même si sa mère lui a donné un prénom et lui a apporté un minimum de soins, ce n'est pas suffisant pour que l'enfant ait une existence propre. Après la naissance, il faut une reconnaissance de l'enfant, non pas seulement civile mais aussi psychique et affective. Cette petite a été privée d'humanité.

Cette affaire ne ressemble en rien aux précédents cas médiatisés de déni de grossesse. Avez-vous rencontré de pareils cas ? 

Non, hormis dans des cas de maltraitance avérée. Il est vrai que dans les dénis de grossesse, il y a généralement deux cas de figure : ou bien l'intervention d'un tiers permet de révéler la grossesse à temps et l'enfant est intégré dans le cercle familial ou bien nous sommes confrontés à un néonaticide [l'homicide du bébé à la naissance], qui résulte, ou non, des gestes de la mère. Dans ce cas, le corps de l'enfant n'est jamais très loin de la mère. Là, c'est une situation un peu intermédiaire. Si cette fillette a survécu, elle a été maintenue dans un état de survie, dans une pièce de la maison. Mais comme souvent dans ce type d'affaires, la mère s'est mise en situation d'être découverte. Car au bout d'un moment, il faut que le mensonge s'arrête.