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Une députée PS met en cause la couverture médiatique des attentats de Paris

Sandrine Mazetier, élue de la 8e circonscription de la capitale, va saisir le procureur de la République pour "mise en danger de la vie d'autrui". Dans son viseur : BFMTV.

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France Télévisions
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La députée PS, Sandrine Mazetier à l'Assemblée nationale, le 14 janvier 2015. (  MAXPPP)

Après l'émotion, Sandrine Mazetier veut tirer des leçons. La députée PS, élue dans la 8e circonscription de la capitale, qui couvre les 12e et 20e arrondissements, s'attaque à la chaîne d'informations BFMTV pour son traitement médiatique des attentats à Paris, qui ont eu lieu les 7, 8 et 9 janvier. Elle annonce qu'elle souhaite saisir le procureur de la République pour "mise en danger de la vie d'autrui". Sandrine Mazetier espère, qu'au-delà de la gestion de crise, soit engagée une réflexion sur le traitement médiatique des actes terroristes. Elle a saisi en ce sens, le 9 février, la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les filières jihadistes.

Francetv info : Que reprochez-vous à BFMTV ?

Sandrine Mazetier : Si des médias ont couvert les attentats à Paris sans mettre en danger la vie d'autrui, d'autres ont fait preuve d'une grande irresponsabilité. J'étais à porte de Vincennes toute la journée lors de la prise d'otages dans le magasin Hyper Cacher. J'ai été très choquée de ce qui circulait à l'antenne. Alors que BFMTV a été, à un moment, en contact avec Amedy Coulibaly [le preneur d'otages], on a vu également un journaliste expliquer à l'antenne qu'un otage avait trouvé refuge dans une chambre froide*. C'est invraisemblable. La simple démarche, par exemple, de contacter les frères Kouachi alors qu'ils s'étaient retranchés dans l'imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) est d'ailleurs ahurissante. Je ne souhaite à aucun de ces journalistes de se retrouver un jour dans la situation de ces otages.

Quelles suites attendez-vous ?

Il n'est pas dit qu'il va y avoir des suites. La caractérisation pénale de la "mise en danger de la vie d'autrui" est compliquée. Il faut être responsable. En clair, quand une institutrice accompagne une sortie scolaire, si un enfant se noie, elle peut-être poursuivie pour "mise en danger de la vie d'autrui" car elle est responsable des enfants. Un journaliste n'est pas responsable des otages. Rien n'est prévu dans ce cas-là. Le ministère public peut toujours requalifier les faits. Mais moi, je ne suis pas magistrate, je suis là pour soulever le débat.

Pourquoi engager une réflexion sur le traitement médiatique des actes terroristes ?

Les terroristes ont une stratégie de la terreur. Quand ils réalisent des images de décapitation, c'est pour qu'elles soient diffusées. Heureusement, en France, les médias ne diffusent pas ces vidéos. Mais quand nous parlons des filières jihadistes, nous devons nous interroger sur les images utilisées. Sommes-nous manipulés ? Participons-nous à une stratégie construite ? Il ne s'agit pas d'occulter des informations, mais de s'interroger sur le rôle des médias.

*Sollicité par Le Monde, la chaine d'infos BFMTV s'était déjà expliqué. "A une occasion, le journaliste Dominique Rizet, en plateau, a évoqué une femme qui se serait cachée dans une chambre froide. Mais il l'a fait parce qu'il était en contact avec une personne du Raid sur place, qui lui avait dit que ces personnes-là n'étaient plus en danger car les forces d'intervention avaient pris position près de la chambre froide", a déclaré Hervé Béroud, directeur de la rédaction. Depuis la direction du Raid conteste cette version des faits, relaie Le Monde.

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