CRS applaudis, Spiderman sur les toits et "Douce France" : choses vues à la marche républicaine à Paris

Derrière les vues globales du rassemblement historique qui a réuni près de 1,5 milion de personnes dans les rues de la capitale dimanche, quelques instantanés captés par les journalistes de francetv info. 

Des manifestantes dans le cortège de la marche républicaine, dimanche 11 janvier 2015, à Paris. 
Des manifestantes dans le cortège de la marche républicaine, dimanche 11 janvier 2015, à Paris.  (ANNE BRIGAUDEAU / FRANCETV INFO)

Du jamais-vu. Une affluence telle qu'elle a rendu impossible tout décompte fiable, selon le ministère de l'Intérieur. Près de 1,5 milion de personnes pourraient avoir été au rendez-vous. La marche républicaine en hommage aux victimes des récents attentats terroristes, organisée dimanche 11 janvier, dans les rues de Paris, a donné quelques images historiques qui trouveront sans doute leur place dans les manuels scolaires. Elle a surtout été le théâtre de scènes inattendues ou émouvantes. Voici une liste non exhaustive de ces images fortes, récoltées par les journalistes de francetv info présents dans les cortèges. 

Tout commence dans le métro

13h30. Station de métro Saint-Placide, dans le 6e arrondissement. Chacune des deux adolescentes écrit sur le visage de l'autre : "Je suis Charlie". Elles ont juste le temps de terminer avant de s'engouffrer dans le métro, qui arrive à quai déjà bondé. Elles acceptent, rieuses, de se faire photographier dans la rame, visages collés vu le manque de place.

Deux adolescentes, dans le métro, se rendent à la marche du 11 janvier 2015, à Paris. 
Deux adolescentes, dans le métro, se rendent à la marche du 11 janvier 2015, à Paris.  (ANNE BRIGAUDEAU / FRANCETV INFO)

A la station Alésia, 14e arrondissement, une heure plus tard. La foule se presse. Une première rame s'arrête, déjà pleine. Quelques personnes tentent de monter, se tassant dans chaque espace disponible, laissant sur le quai des dizaines d'autres. "On ne pousse pas, on y va tranquille. Au pire, on manifestera dans le métro", arbitre un homme. Une deuxième rame, vide, passe au ralenti. Sans s'arrêter. Sans doute pour aller délester plus loin les stations bondées de la ligne 4. On ne montera qu'à l'arrivée de la troisième rame. Dans la cabine, le conducteur a installé une pancarte "Je suis Charlie".

Il n'est pas le seul. Nombre de passagers de la RATP témoignent de la mobilisation des agents.

Ambiance musicale assurée par les riverains

"C'est quoi, cette manif sans musique ?" A 15 heures, boulevard Saint-Martin, dans le 10e arrondissement, des lycéens venus en bande s'inquiètent de l'ambiance. Il est vrai qu'en dehors des applaudissements et des "Charlie ! Charlie ! Charlie !" qui arrivent par vagues de la place de la République, 500 mètres plus loin, le niveau sonore est faible. C'était sans compter les riverains qui, de leurs appartements, ont assuré la bande-son de l'après-midi.

Sur le boulevard Magenta, au niveau du numéro 12, alors que plus personne ne peut avancer, un baffle à la fenêtre diffuse Imagine, de John Lennon, Happy de Pharrell Williams ou bien encore Le Chant des partisans. Les filles qui assurent la playlist dansent à la fenêtre sous les applaudissements des manifestants.

Sur le boulevard Beaumarchais, qui relie Bastille à République, la foule est restée bloquée près d'une heure trente, entre 15 heures et 16h30, sans pouvoir avancer, ni reculer. L'ambiance est bon enfant. Au dernier étage d'un des immeubles haussmanienns qui bordent l'avenue, deux banderoles se déploient et soudain un air de musique classique retentit dans les airs. Aux violons succède bientôt Mourir pour des idées, de Georges Brassens, dont les paroles relèvent d'un humour férocement noir dans les circonstances.

Sur le boulevard Saint-Denis, au troisième étage d'un bâtiment, un groupe de jeunes riverains a choisi Charles Trenet. En quelques secondes, les notes de Douce France envahissent la rue, et les manifestants fredonnent, en chœur, les célèbres paroles. "Douce France / Cher pays de mon enfance / Bercé de tendre insouciance / Je t'ai gardée dans mon cœur." 

Du monde aux balcons...

Pas besoin d'arpenter la chaussée noire de monde pour prendre part à la mobilisation. Sur les différents parcours du cortège, les riverains ont participé à leur manière à la marche. A défaut de pouvoir se déplacer, une veille dame a descendu de chez elle, boulevard de Charonne, un siège qu'elle a installé sur le trottoir. Sur ses genoux, une affiche "Je suis Charlie".

Aux abords du boulevard Voltaire, dont l'accès est bloqué par des barrières, une mère et ses enfants renseignent la foule sur l'avancée des cortèges. Et pour faire patienter tout le monde, elle avance la chaîne hifi vers la fenêtre pour passer Aux armes et caetera de Gainsbourg, mais aussi Je suis Charlie sur un air de Renaud. Avant de sortir aux fenêtres des serviettes de toilette. Bleu. Blanc. Rouge.

Boulevard Saint-Martin, des riverains ont pensé à ceux qui étaient venus les mains vides. Du dernier étage d'un immeuble, trois personnes âgées ont lâché, une à une, une vingtaine d'affiches "Je suis Charlie" fraîchement imprimées et rapidement récupérées par des manifestants en contrebas.

Coincés depuis plus d'une heure au niveau de la Bourse du travail, à quelques centaines de mètres de la place de la République, les gens tentent d'élaborer des stratégie : "Et si on essayait d'attraper le cortège plus loin ? Vers Père-Lachaise ?" "Reprendre le métro et descendre à Goncourt ? Non, y'aura trop de monde à Goncourt..." Finalement, en rebroussant chemin, on tombe sur un attroupement dans une ruelle du 3e arrondissement. Des habitants du rez-de-chaussée ont ouvert la fenêtre et tourné un grand écran de télévision face aux passants. Sur BFMTV. "Aaaaah, là au moins, on voit quelque chose", disent-ils.

... et sur les toits

L'affluence est telle qu'il faut prendre de la hauteur pour bien se rendre compte de l'ampleur du mouvement. Boulevard Saint-Martin, des habitants sont carrément montés sur le toit d'un immeuble pour prendre quelques photos. En bas, la foule applaudit. Mais quand le Spiderman du dimanche entreprend d'escalader une cheminée, tout le monde retient son souffle. Il finit par redescendre et regagner une fenêtre. Ouf.

Les toits de Paris ont également accueilli d'autres visiteurs plus habitués à ce genre de lieux. Des policiers et des tireurs d'élite ont pris place pour sécuriser notamment le cortège des chefs d'Etat et de gouvernement. Une fois leur tâche de surveillance accomplie, ils ont répondu aux applaudissements de la foule.

De l'humour potache mais aussi de l'émotion

Dans les cortèges, l'ambiance se veut bon enfant, voire potache, de nombreux marcheurs exhibant des caricatures issues de Charlie Hebdo ou des productions personnelles. Certains ont sorti leur nez rouge, quand d'autres ont carrément enfilé le costume de clown. Mais personne n'oublie les victimes des attentats.

Sur une pancarte, les noms des 17 victimes des attentats terroristes, lors de la marche du 11 janvier 2015, à Paris. 
Sur une pancarte, les noms des 17 victimes des attentats terroristes, lors de la marche du 11 janvier 2015, à Paris.  (ANNE BRIGAUDEAU / FRANCETV INFO)

"17 morts, 66 millions de blessés", tel est le slogan affiché sur de nombreuses pancartes. Sur le boulevard Richard-Lenoir, des grappes s'arrêtent devant l'autel de fleurs et de bougies installé sur le trottoir pour rendre hommage au policier tué là. Un peu plus loin, c'est "à Charlie" qu'on s'arrête. Silence, émotion et recueillement devant l'amoncellement de fleurs, de dessins et de bougies. La plaque du passage Saint-Anne-Popincourt, contigu, a été recouverte d'un autocollant la renommant "place de la liberté d'expression"

"Allez les bleus !"

La scène forte de cette journée de mobilisation, rapportée par tous les participants, s'est déroulée à plusieurs endroits, provoquant toujours la même émotion et la même surprise. Les forces de l'ordre ont quitté les lieux de la marche sous les vivats de la foule. Boulevard Voltaire, quand les CRS demandent dans le haut-parleur de faire un passage pour qu'ils puissent avancer, les gens s'écartent dans un tonnerre d'applaudissements.

Boulevard Saint-Martin, des étudiants habitués des manifestations et visiblement des confrontations avec les CRS, hésitent. Puis se lancent : "Allez les bleus ! Allez les bleus ! Merci les mecs !" Quelques minutes plus tard, un autre convoi est salué par une Marseillaise qu'hurlent quatre jeunes hommes perchés sur une cabine téléphonique. Dans les véhicules, les gendarmes mobiles répondent avec le sourire.

Certains, visiblement étonnés, filment la scène avec leur smartphone. Avenue de la République, des applaudissements de plus en plus nourris accompagnent la colonne de camions de gendarmes qui s'éloigne. Un passant sourit : "On leur doit bien ça".