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Comment le monde du sport mouille le maillot pour répondre aux attentats

De nombreux footballeurs ou rugbymen ont porté des T-shirts d'hommage après les attentats de la semaine dernière. Francetv info revient sur les réactions des sportifs après d'autres événements tragiques.

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France Télévisions
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Le rugbyman du Stade Toulousain Yann David lors d'un match contre La Rochelle, le 10 janvier 2015. (PASCAL PAVANI / AFP)

Minutes de silence, T-shirt d'hommage, "Je suis Charlie" griffonné au marqueur, casque de hockey customisé pour l'évènement, tweet de soutienbanderole de supporters, participation aux marches républicaines : le monde du sport, joueurs, supporters, dirigeants, s'est mobilisé les 10 et 11 janvier pour rendre hommage aux attentats qui ont endeuillé la France entre le 7 et le 9 janvier. Une réponse au terrorisme toujours difficile pour ce qui demeure une industrie de divertissement. 

Les médias sportifs mobilisés : "L'Equipe" montre l'exemple

Mardi 13 janvier, le principal média sportif français, L'Equipe, enchaîne sa sixième une avec un dessin de presse en pleine page. Un choix mûrement réfléchi, explique à francetv info Fabrice Jouhaud, directeur de la rédaction de L'Equipe : "L'idée était de reprendre les codes de Hara-Kiri, puis de Charlie Hebdo. Notre priorité était de trouver le bon dosage et de montrer qu'on ne vivait pas dans une bulle."

La comparaison avec le traitement par le quotidien sportif du 11 septembre 2001 s'impose. Le 12, L'Equipe avait titré "Nantes du bon pied". Le soir, les Guignols imaginent une fausse une dans une revue de presse fantaisiste : "Allah 1 - Jésus 0". Le quotidien sportif évoque finalement l'attentat contre les tours jumelles du World Trade Center dans son édition du lendemain : "Le temps du recueillement". 

 "Ça a longtemps été la ligne de L'Equipe : notre champ, c'est uniquement le sport, commente Fabrice Jouhaud. Quelqu'un en a parlé en conférence de rédaction : 'On n'avait rien fait le 11-Septembre et on n'était pas très à l'aise'." Mercredi, le journal reviendra à ses unes classiques. Forcément, Charlie Hebdo et ses dessins en une seront de retour dans les kiosques. 

Les gestes symboliques : toujours là

On a vu du "Je suis Charlie" sur tous les terrains. En France, sur les T-shirts des équipes de Ligue 1 à l'entraînement. Via le brassard noir porté par des centaines de sportifs. Dans les tribunes de nombreux stades. Sur les banderoles confectionnées par les supporters. Sur les maillots de plusieurs équipes : le CSP Limoges (basket), l'AS Nancy Lorraine, Châteauroux Niort, Dijon et Valenciennes (Ligue 2 de foot)... et, en Italie, sur la tunique bleu azur de la Lazio Rome (Série A). Le directeur de la communication du club laziale s'en est expliqué au Corriere dello Sport (en italienne) : "La Lazio a toujours été attentive aux questions extra-footballistiques. Vous avez vu l'année dernière notre maillot contre le racisme."

Le joueur de la Lazio Rome Felipe Anderson lors du derby romain, face à l'AS Rome, le 11 janvier 2015. (STEFANO RELLANDINI / REUTERS)

A chaque attaque terroriste ses moments d'émotion : après les attentats de Madrid, en mars 2004, le monde de la Liga a vivement réagi. Des banderoles "nous sommes tous madrilènes" ont fleuri dans les tribunes – y compris à Barcelone, l'ennemi juré. Le coup d'envoi du match La Corogne-Majorque a été précédé d'un lâcher de colombes. Et avant le Téléfoot espagnol, l'aumônier catholique de l'Atlético Madrid a lu une prière. 

Les institutions : "The show must go on"

Personne n'a soulevé l'idée que le match Lille-Evian, prévu huit heures après l'attaque de la rédaction de Charlie Hebdo, puisse être annulé. Le coach savoyard, Pascal Dupraz, a juste lâché en conférence de presse : "Un match de foot, c’est accessoire quand on vit de tels événements." Pas aux yeux de l'UEFA ou de la Ligue de football professionnel. Le cas le plus célèbre demeure celui du 11 septembre 2001. L'UEFA maintient les matchs prévus le soir de l'attentat. Dont un Nantes-PSV Eindhoven, qui se transforme en promenade pour les Canaris (4-1). L'entraîneur de l'AS Rome, Fabio Capello, résume le sentiment général dans le Guardian (en anglais) : "Il aurait été opportun de reporter. J'ai passé l'après-midi devant la télévision, à regarder les images terribles de l'attentat." L'UEFA annulera finalement les rencontres de Coupe d'Europe prévues le 12 septembre. Mauvais joueur, le PSV demandera à rejouer le match. Requête rejetée par l'UEFA : "Les deux équipes ont évolué dans les mêmes conditions."

Les joueurs de Nantes et du PSV Eindhoven observent une minute de silence avant leur match de Ligue des champions, le 11 septembre 2001, à Nantes. (FRANK PERRY / AFP)

The show must go on. Paris vit dans la psychose d'une attaque terroriste, après l'explosion d'une bombe sur le quai du RER à la station Saint-Michel, le 25 juillet 1995 ? La 2e journée de D1 est maintenue, y compris la réception de Guingamp au Parc des Princes. Tout juste a-t-on renforcé les mesures de sécurité autour des lieux publics en activant le plan Vigipirate, rapporte Le Monde (article payant). Les attentats de Madrid en 2004 ? L'UEFA maintient toutes les rencontres, y compris celles des clubs espagnols, frappés sur leur sol.

Les derniers cas d'annulation de matchs de foot pour un motif autre que climatique sont liés au décès d'une personnalité. Le lendemain du décès de la princesse Diana, le 1er septembre 1997, le match de Premier League Liverpool-Newcastle est annulé, pour laisser la nation se recueillir. En Italie, c'est quand le pape Jean Paul II perd connaissance, puis meurt, début avril 2005, que la Série A s'interrompt. Aux Etats-Unis, la question s'est régulièrement posée. Le general commissioner du championnat de football américain (NFL) a choisi de ne pas suspendre la compétition après l'assassinat de John Kennedy, le 22 novembre 1963. Il l'a regretté ensuite, note le New York Times (en anglais) : "C'était la pire décision de ma carrière."

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