Photos du procès Merah dans "Paris-Match" : le parquet de Paris ouvre une enquête

Paris-Match a publié dans son édition du jeudi 9 novembre une photo d’Abdelkader Merah et une de Fettah Malki lors de leur procès, ce qui est interdit par la loi.

Abdelkader Merah, le 30 octobre 2017, lors de son procès.
Abdelkader Merah, le 30 octobre 2017, lors de son procès. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)
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Célyne Baÿt-DarcourtfranceinfoRadio France

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Le parquet de Paris a ouvert une enquête jeudi 9 novembre après la diffusion de deux photos prises pendant le procès d'Abdelkader Merah et de Fettah Malki dans le numéro de Paris-Match, publié ce même jour, a appris franceinfo de source judiciaire. Cette enquête a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse interdit de prendre une photo ou un enregistrement sonore lors d'une audience judiciaire et de les diffuser, sous peine d'une amende de 4 500 euros et la confiscation des numéros concernés.

Les photos montrent Abdelkader Merah, frère du tueur au scooter, assis dans le box des accusés, derrière ses avocats, ainsi que Fettah Malki, également sur le banc des accusés, le jour du verdict, le 2 novembre

La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse interdit pendant un procès l'emploi de tout appareil permettant d'enregistrer, de fixer ou de transmettre la parole ou l'image. Et ce, pour préserver la sérénité des débats. C'est notamment pour cette raison que les médias font appel à des dessinateurs pour illustrer leurs articles.  

"Paris-Match" s'affranchit de la règle

Paris-Match a choisi de s'affranchir de cette règle : le cliché, paru dès mercredi soir sur le site internet de l'hebdomadaire, a depuis été repris ensuite sur les réseaux sociaux. Sur la photo figure Abdelkader Merah les yeux clos, les bras croisés, dans le box des accusés, attendant le verdict puisque la légende indique que l'image a été prise le jeudi 2 novembre. Devant lui, ses deux avocats : Éric Dupont-Moretti et Antoine Vey. Merah est vêtu d'un haut blanc, porte la barbe et des lunettes. Quelques instants plus tard, il sera condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteur terroriste. 

"Montrer les choses" et "expliquer ce qui se passe"

Paris-Match assume son choix. "Nous sommes dans une posture où nous montrons les choses", explique Régis Le Sommier, le directeur adjoint de la rédaction du magazine. "La photo, poursuit-il, intervient au moment de la délibération : si elle avait été publiée avant, elle aurait pu influencer les débats. Ce n’est pas le cas puisque le verdict a été rendu." La question, selon lui, n’est pas de respecter la loi, mais de "montrer les choses" et "d’expliquer ce qui se passe". Régis Le Sommier assure que la photo a été donnée à Paris-Match, et non achetée par le magazine.

"Cela pénalisera les chroniqueurs judiciaires"

"C’est une photo qui est évidemment unique, explique Jean-Philippe Deniau, président de l'Association de la presse judiciaire, qui regroupe les journalistes spécialisés dans le domaine. Très peu de magazine oseraient publier ce genre de choses. Il y a une très grande irresponsabilité : c’est un délit et cela pénalisera les chroniqueurs judiciaires qui travaillent tous les jours difficilement dans les enceintes des palais de justice, où les règles sont strictes."

"À chaque fois qu’un média enfreint les règles, regrette-t-il, il y a des répercussions sur les conditions de travail des journalistes qui un peu moins avantageuses qu’avant. C’est vraiment dommage." Il évoque notamment la confiance rompue avec les magistrats, qui avaient autorisé, à cette audience, les journalistes à live-twitter, ou utiliser leurs ordinateurs portables, par exemple.

"Paris-Match" avait déjà enfreint la loi

Cette attitude pourrait coûter cher à Paris Match : 4 500 euros d'amende et surtout la confiscation des exemplaires imprimés. La justice peut aussi faire cesser la diffusion sur les supports numériques. Ces risques, le magazine les connaît : ce n’est pas la première fois qu'il enfreint la loi. En 2008, il avait publié une photo du tueur en série Michel Fourniret, là encore dans le box des accusés. L'hebdomadaire s'était vu retirer son accréditation pour couvrir le procès.

Cet été encore, pour le premier anniversaire de l'attentat de Nice, Paris-Match avait publié des images issues des caméras de vidéosurveillance. On y voyait le camion percuter des victimes sur la promenade des Anglais. Le tribunal avait interdit toute nouvelle publication de deux de ces photos, sans pour autant ordonner le retrait du magazine des kiosques.