Livre de Murielle Bolle qui accuse la gendarmerie : "Ses accusations sont complètement fausses"

Le colonel de gendarmerie Etienne Sesmat estime que les accusations formulées par Murielle Bolle dans son livre sont "complètement fausses". Murielle Bolle affirme que les gendarmes lui ont dicté ses aveux lors de sa garde à vue dans le cadre de l'affaire Grégory, en 1984.

Murielle Bolle, le 6 novembre 2018, lors de sa rencontre avec franceinfo à l\'occasion de la sortie de son livre.
Murielle Bolle, le 6 novembre 2018, lors de sa rencontre avec franceinfo à l'occasion de la sortie de son livre. (DAVID DIGIACOMO / FRANCEINFO)

Le colonel de gendarmerie Etienne Sesmat dénonce jeudi 8 novembre des "accusations complètement fausses" dans le livre de Murielle Bolle Briser le silence édité chez Michel Lafon. Dans cet ouvrage, une des principales protagonistes de l'affaire Villemin, âgée de 15 ans à l'époque, accuse les gendarmes d'avoir dicté ses aveux lors de sa garde-à-vue en 1984 où elle avait déclaré que son beau-frère Bernard Laroche était l'auteur de l'enlèvement du petit Grégory, retrouvé mort dans la Vologne en octobre 1984. Elle est ensuite revenue sur ses déclarations cinq jours plus tard.

La réouverture en 2017 du dossier lui a valu d'être mise en examen et incarcérée. Une mise en examen annulée en mai dernier pour des raisons de procédures. Dans son livre, Murielle Bolle dément avoir assisté à l'enlèvement du petit Grégory et d'avoir subi des violences de la part de sa famille pour changer sa version des faits. Le colonel de gendarmerie Etienne Sesmat qui était présent lors de cette garde à vue dénonce des "accusations à caractères diffamatoires" et souhaite que la gendarmerie nationale réagisse. Le Conseil constitutionnel dira le 16 novembre si les droits fondamentaux de Murielle Bolle ont été respectés lors de cette fameuse garde-à-vue de 1984.

franceinfo : comment réagissez-vous à la parution du livre de Murielle Bolle ?

Etienne Sesmat : Elle réitère ses accusations à caractère diffamatoire contre nous. Il ne faut pas être dupe. Ses accusations sont complètement fausses. Sur la forme, nous avons rendu des comptes, nous avons expliqué comment s'est passé cette garde à vue qui a duré pendant trois jours d'affilée. Nous avons eu à faire face à une plainte contre nous pour subordination de témoin en 1985. Cette plainte a été conclue par un non-lieu en 1988, confirmé en appel et en cassation. Sur le fond de l'affaire, il faut rappeler qu'il y a pas moins de 20 personnes dans le dossier qui directement ou indirectement apportent des points et des déclarations qui confortent et recoupent ses déclarations.

Donc, vous démentez ses accusations ?

Je démens totalement. J'ai assisté à sa déposition. Je n'étais pas là tout au début de ses aveux parce qu'on ne s'y attendait pas du tout. On l'a entendue de manière quasi routinière parce qu'il y avait une contradiction entre ce que disait son beau-frère Bernard Laroche et elle. Jamais on ne s'attendait à ce qu'elle nous fasse ses aveux (...) On était face à quelqu'un qui était apaisée, qui n'était pas du tout craintive, apeurée, traumatisée, loin de là. Je l'ai prise en tête à tête. Je lui ai demandé si elle nous disait la vérité. Je lui ai dit, il ne faut pas nous dire cela pour nous faire plaisir.

Pensez-vous porter plainte ?

Je ne vais pas le faire personnellement mais j'espère que la gendarmerie va réagir. J'espère que l'institution va réagir parce que trop c'est trop. Il ne faut pas être dupe, ce livre arrive opportunément pour faire pression sur le Conseil constitutionnel de façon à annuler cette garde à vue. Ça serait une approche négationniste d'une partie du dossier judiciaire. Quand est-ce qu'elle a dit la vérité ? De toute évidence, elle a dit la vérité à Bruyères dans les locaux de la gendarmerie entre le 3 et le 5 novembre, et dans le bureau du juge Lambert où elle réitéré en tête à tête avec lui toute sa déclaration. Elle ne peut pas dire aujourd'hui qu'elle n'a fait que répondre par oui ou par non à des questions et qu'on a tout inventé puisqu'ensuite, elle est en tête à tête avec le juge et qu'elle a tout redit au juge. Cela ne tient pas. C'est de la diffamation. On essaye de travestir la vérité.