Les pilotes sont-ils suffisamment suivis psychologiquement ?

Le copilote du vol Germanwings aurait volontairement provoqué le crash de son A320, selon les premiers résultats de l'enquête. Les compagnies aériennes tentent pourtant de suivre de près l'état de santé de leur personnel. 

Malgré des visites médicales régulières, il est difficile d\'appréhender l\'état de santé psychique des pilotes de ligne.
Malgré des visites médicales régulières, il est difficile d'appréhender l'état de santé psychique des pilotes de ligne. (KAI PFAFFENBACH / REUTERS)

"Il a réussi tous les tests médicaux mais aussi tous les examens techniques, il était à 100% apte à piloter un avion", lâche Carsten Spohr, le PDG de Lufthansa, en conférence de presse, jeudi 26 mars. Alors que les premiers éléments de l'enquête montrent que le copilote de l'A320 de Germanwings a "dirigé volontairement son appareil vers le sol", selon le procureur de la République de Marseille, personne ne trouve d'explication rationnelle pour expliquer le comportement d'Andreas Lubitz.

Depuis cette découverte, le ministre des Transports allemand a annoncé qu'une enquête de personnalité avait été lancée pour tenter de comprendre le geste du jeune pilote de 28 ans. Selon le quotidien allemand Der Spiegel, le copilote avait déjà traversé un épisode dépressif : il aurait interrompu sa formation pendant six mois à cause d'un burn-out, un syndrome d'épuisement professionnel.

Des candidats triés sur le volet

En France, l'état de santé physique et mentale des pilotes fait l'objet d'un contrôle régulier. Avant même de recevoir leur formation, les aspirants pilotes doivent passer une visite médicale poussée dans un centre d’expertise médicale du personnel navigant (CEMPN). “On passe devant plusieurs spécialistes pour évaluer les capacités physiques des candidats, la vue, l’ouïe… Ensuite, c’est un médecin chef qui fait un bilan général en ayant une approche mécanique mais aussi psychologique”, décrit Jean-Jacques Elbaz, commandant de bord et vice-président du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL).

C’est une étape incontournable pour obtenir le certificat d’aptitude médicale "navigant professionnel". Les futurs pilotes de ligne ne rencontrent pas de psychiatre ou de psychologue à cette occasion, ni par la suite.

Une évaluation régulière des pilotes

A l’image de leurs appareils, les personnels navigants passent régulièrement des visites médicales dans un CEMPN : une fois par an au début de leur carrière, puis deux fois par an à partir de 60 ans. A ces contrôles s’ajoute une visite annuelle à la médecine du travail, au cours de laquelle on contrôle les répercussions des décalages horaires et de l’éloignement familial sur l’état de santé psychologique et physique des pilotes. La grande majorité de ces contrôles médicaux se focalisent sur la santé physique du personnel.

Si les grandes compagnies aériennes font passer des entretiens poussés aux pilotes qu'elles embauchent, ces entretiens s'appuient sur des critères techniques et professionnels. Chez Air France, les candidats sont soumis à un test pour observer la façon dont ils interagissent en groupe. "On s'intéresse de plus en plus au facteur humain. On s'est rendu compte de l'importance de la communication au sein de l'équipage mais aussi avec le reste de l'avion", observe Jean-Jacques Elbaz, du SNPL. Pour évaluer leur réaction au stress, les pilotes d'Air France sont confrontés à des situations de crise dans des simulateurs de vol.

"Les compagnies sont parfois désarmées"

Mais l’état de santé psychique des pilotes est souvent laissé de côté lors de ces examens. “Le suivi psychologique est assez léger ; c’est quelque chose qui est évalué en surface lors des visites médicales”, reconnaît Guillaume Schmid, copilote depuis douze ans chez Air France. “Les compagnies sont parfois désarmées lorsqu’il faut faire un suivi psychologique sur le long cours”, note Christophe Naudin, criminologue et spécialiste de la sécurité aérienne.

Lorsque les pilotes ne se sentent pas en état de voler, la loi leur donne la possibilité de refuser un vol à tout moment. Et si un comportement suspect était perçu par un des pilotes, "il serait signalé par les autres membres d'équipage", assure Guillaume Schmid. Si ce dernier estime que le personnel est très bien entouré psychologiquement, il avoue qu'il serait "très difficile d'arrêter quelqu'un qui a des intentions suicidaires ou qui veut agir au nom d'une cause".