Accident de Millas : cinq ans après la mort de six collégiens, deux questions toujours sans réponse

En 2017, six collégiens trouvaient la mort dans la collision de leur car scolaire avec un train à Millas, dans les Pyrénées-Orientales. Le procès de la conductrice s'ouvre ce lundi à Marseille. Seule prévenue, elle maintient que le passage à niveau était ouvert.

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Radio France
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Le car scolaire éventré par la collision avec un TER, le 14 décembre 2017 à Millas (Pyrénées-Orientales) (RAYMOND ROIG / AFP)

C'était le 14 décembre 2017, près de Perpignan. Six collégiens âgés de 11 à 13 ans étaient tués, 17 autres blessés, dans la collision de leur car scolaire et d'un TER, sur un passage à niveau à Millas. Sous le choc, le car avait été coupé en deux. La conductrice du car est jugée à partir de lundi pour homicides et blessures involontaires, devant le tribunal correctionnel de Marseille, compétent en matière d'accidents collectifs dans le sud de la France.

Deux questions essentielles seront soulevées lors de ce procès, qui durera trois semaines : celle du bon fonctionnement – ou non – des barrières du passage à niveau, et celle du traitement médical qu'observait la conductrice.

Les barrières du passage à niveau : ouvertes ou fermées ? 

La conductrice le répète depuis sa première audition en garde à vue, le lendemain de la collision : selon elle, les barrières étaient levées. Nadine Oliveira, 53 ans aujourd'hui, s'est donc engagée sur ce passage à niveau qu'elle connaît, puisqu'elle y passe alors six fois par jour, depuis près de trois mois. Plusieurs témoins, notamment des enfants dans le car, disent comme elle.

Mais les deux témoins les plus crédibles affirment le contraire : deux techniciens de maintenance qui ont tout observé depuis l'autre côté des rails. Ils étaient dans leur fourgon, à l'arrêt à la barrière -- fermée, donc, selon eux. De plus, les expertises techniques ne montrent aucun dysfonctionnement. La conductrice, 53 ans, est donc jugée pour homicides et blessures involontaires, par son inattention et par imprudence en forçant le passage et la barrière.

L'enquête a aussi révélé que Nadine Oliveira était comme en pilotage automatique pendant 90 secondes avant l'accident. Elle a freiné brutalement, trop tard, malgré les coups de klaxon du conducteur du train.

Prise de somnifère : la conductrice en état de conduire ou non ?

La conductrice du car prenait des somnifères, en théorie incompatibles avec la conduite. De la zopiclone, précisément, un somnifère vendu par Sanofi sous le nom Imovane. Elle en prenait le soir, pour contrer des insomnies, depuis près de sept ans. Ce médicament est pourtant prescrit en théorie sur des durées plus courtes en théorie, quelques semaines voire quelques mois. Cet hypnotique peut entraîner de la somnolence, une baisse de vigilance et un allongement du temps de réaction. Il est donc écrit sur la boîte : "DANGER : ne pas conduire".

Au cours de l'instruction, des avocats de victimes ont pointé la responsabilité des médecins. Ils ont finalement été disculpés, car d'après différents experts, le somnifère n'a pas eu d'influence sur les capacités de conduite de Nadine Oliveira : avec un demi-comprimé le soir à 20h, l'effet s'était dissipé le lendemain après-midi, au moment de l'accident.

A l'issue du procès, le jugement devrait être mis en délibéré et rendu avant Noël.

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