Débat de la présidentielle : "Pas à la hauteur, voire à côté de la plaque" sur l'écologie, déplore un responsable du WWF France

"Je suis resté sur ma faim", réagit Pierre Cannet qui regrette qu'aucune réponse détaillée n'ait été fournie par les prétendants à l'Élysée "sur comment transformer en profondeur notre économie, notre société".

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Pierre Cannet, co-directeur des programmes du WWF France, invité du "8h30 politique", vendredi 23 août 2019.  (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Pierre Cannet, directeur du plaidoyer et des campagnes du WWF France, estime jeudi 21 avril sur franceinfo que sur le thème du climat, le "débat" d'entre-deux-tours de l'élection présidentielle mercredi soir entre la candidate du Rassemblement natonal, Marine Le Pen, et le président sortant, Emmanuel Macron, "n'était pas à la hauteur, voire à côté de la plaque".

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franceinfo : Que retenez-vous de ce débat sur la question écologique ?

Pierre Cannet : Si vous êtes sensible à l'écologie, déjà préoccupé par le dérèglement climatique et la catastrophe qui s'annonce au niveau planétaire pour notre biodiversité, si vous êtes engagé déjà dans la transition écologique, alors peut-être comme moi, vous avez trouvé malheureusement que ce débat n'était pas à la hauteur, voire même à côté de la plaque. Il y a des réponses qui sont attendues, très détaillées et concrètes, sur comment transformer en profondeur notre économie, notre société, quelles réponses apporter aux agriculteurs, par exemple, pour changer de pratiques et sortir de leur dépendance aux pesticides tueurs d'abeilles et de vivant, ou même comment baisser notre consommation de carburant ou notre consommation de viande. Je suis resté sur ma faim hier soir malheureusement.

Cela signifie-t-il que les propositions des deux candidats ne sont pas, selon vous, à la hauteur ?

Ce n'est pas à la hauteur des enjeux, avec cela dit deux projets très distincts qui sont en train de se dessiner. Celui de Marine Le Pen est clairement un projet d'extrême droite, elle l'a dit hier : ralentir la transition, alors que tous les rapports scientifiques nous appellent justement à accélérer. N'est-ce pas une forme de déni, finalement, du côté de l'extrême droite ? Et puis, [le projet] d'Emmanuel Macron qui nous a dit avoir compris, vouloir accélérer et faire de la France une grande puissance écologique. Il parle même de planification écologique, une idée qui a été portée effectivement par le candidat Jean-Luc Mélenchon. Mais là encore, quelle discipline, quelles institutions, quel financement ? L'entourage d'Emmanuel Macron nous parle de 10 milliards supplémentaires qui seraient mobilisés chaque année pour financer cette transition. Il n'en a pas parlé hier soir. On parle d'un contrôle qui serait effectué sur l'ensemble des décisions pour s'assurer qu'elles soient alignées en termes de biodiversité et climat : là encore, il ne l'a pas évoqué. Et surtout, pas à la hauteur sur l'agriculture, la biodiversité. Tout cela n'a pas été évoqué hier soir.

Emmanuel Macron a qualifié Marine Le Pen de "climato-sceptique", elle le juge "climato-hypocrite" : ces termes sont-ils appropriés ?

Marine Le Pen souhaite baisser pour tout le monde, y compris les riches, le prix sur les carburants. Emmanuel Macron n'est pas dans le déni climatique, mais par son action, pour l'instant, des petits pas, n'est pas au niveau. Si l'on suit ses mots et son engagement, il y a cette volonté du prochain quinquennat de construire une planification écologique. Mais pour la construire, on a besoin de plus de garanties, de plus de détails et surtout, qui va porter auprès de lui ce projet. S'il s'agit par exemple de Julien Denormandie, actuel ministre de l'Agriculture, malheureusement on a vu des reculs importants sur la transition agricole, donc on a besoin d'avoir des garanties sur qui portera pour le futur quinquennat, s'il est élu, ce projet de l'écologie.

Marine Le Pen a évoqué le "localisme", critiqué la mondialisation et son impact : faut-il aller vers une forme de décroissance, qui n'a pas été évoqué dans le débat ?

Venant de Marine Le Pen, par rapport à ses positions notamment sur les carburants, ce localisme est un peu de l'enfumage. Il faut changer de modèle agricole et notre système alimentaire, donc se rapprocher du local par des circuits courts. Cela a été porté dans le cadre de nos débats WWF auprès des Français, notamment pendant la période du confinement. Mais il va falloir que ces circuits courts soient durables : on ne peut pas dire recourir directement à des circuits courts sans accompagner les agriculteurs pour sortir de leur dépendance aux pesticides, sans les accompagner dans leurs pratiques et mobiliser des financements, notamment la politique agricole commune, et s'assurer que l'ensemble de ces moyens soient mis à disposition pour accompagner dans la transition agro-écologique ces agriculteurs. Quand on gratte un peu le vernis de ces propositions du local, malheureusement, il y a des paradoxes. Le plus grand des paradoxes, c'est celui de ne pas vouloir sortir de notre dépendance aux énergies fossiles. Il va falloir pour Marine Le Pen, lorsqu'elle parle du local, continuer à importer des hydrocarbures et du pétrole de l'autre bout du monde.

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