Municipales : pourquoi le FN ne présente pas de candidat dans une ville "gagnable" sur deux

Sur les 78 villes où le Front national a fait ses meilleurs scores depuis 2012, le parti de Marine Le Pen ne sera présent qu'une fois sur deux, selon notre enquête.

Un pupitre au siège du Front national, le 27 mars 2011 à Nanterre (Hauts-de-Seine).
Un pupitre au siège du Front national, le 27 mars 2011 à Nanterre (Hauts-de-Seine). (BERTRAND GUAY / AFP)

Ce sont des villes qui auraient pu tomber dans l'escarcelle frontiste aux élections municipales des 23 et 30 mars. Mais selon notre enquête, sur les 78 communes de plus de 1 000 habitants où il a enregistré ses meilleurs scores depuis 2012*, le Front national ne présentera une liste que dans 53% des cas. Comment expliquer ce paradoxe ?

> CARTE. Les 41 villes "gagnables" où le FN présentera un candidat

"Le dernier verrou n'a pas encore sauté"

Dans 37 communes, le parti de Marine Le Pen sera aux abonnés absents. Dans la plupart des cas, selon nos informations, la raison est simple : le Front national n'a pas trouvé suffisamment de volontaires pour former une liste. "Dans les petites villes, les gens ont encore peur d'être mis à l'index en s'engageant auprès du FN", confirme Lydia Schénardi, secrétaire départementale du parti dans les Alpes-Maritimes.

Dans son département, la ville de Contes, 7 100 habitants, n'aura pas de candidat frontiste, alors que 58% des électeurs avaient voté FN au second tour des législatives, en juin 2012. Idem dans la commune voisine de L'Escarène, 2 500 habitants, où la candidate du parti d'extrême droite avait recueilli 56% des voix aux législatives. "Malgré la dédiabolisation au niveau national, le dernier verrou n'a pas encore complètement sauté", regrette Lydia Schénardi.

Au nord, à 1 000 km de là, le constat est le même. Dans le Pas-de-Calais, le FN n'aura par exemple pas de candidat à Rouvroy (8 700 habitants), Noyelles-Godault (5 100 habitants), Courcelles-lès-Lens (6 300 habitants) ou Drocourt (3 000 habitants), alors qu'aux dernières législatives, une majorité d'électeurs avaient glissé un bulletin frontiste dans l'urne. "Trouver un leader n'est pas toujours évident, justifie le secrétaire départemental, Laurent Brice. Dans ces communes, nos sympathisants subissent aussi des pressions énormes de la part des municipalités en place. Il y a une peur des représailles. Par exemple, si le mari ou la femme travaille à la mairie, une menace d'être mis au placard. Parfois, c'est aussi la menace de ne pas avoir l'aide de la mairie pour trouver un logement, etc."

"On veut des candidats crédibles"

A Cuers, ville varoise de 10 300 habitants, Armelle de Pierrefeu a réussi à trouver 32 colistiers, mais ne cache pas avoir rencontré, comme beaucoup de ses amis, "quelques difficultés" "Se présenter sur une liste FN suscite encore beaucoup d'hésitations." Tête de liste à L'Hôpital, en Moselle, Jean-Claude Dreistadt acquiesce : "Il reste des a priori sur notre parti. Les gens ont encore peur du regard des voisins."

Dans d'autres communes "gagnables", le FN a cette fois suffisamment de prétendants pour se lancer, mais préfère finalement attendre le tour suivant. En cause : des candidats pas suffisamment sérieux pour pouvoir diriger une mairie. C'est le cas à Gisors (Eure), 11 500 habitants, où le FN avait dépassé la barre des 45% aux législatives : "On ne veut pas mettre n'importe qui !", explique le secrétaire départemental, Emmanuel Camoin. "On veut des candidats, mais surtout des candidats crédibles", explique Jean-Claude Dreistadt. "Mieux vaut attendre six ans et avoir des gens qui savent y faire, plutôt que des bras cassés qui donneraient une mauvaise image du FN", développe un responsable local. 

"Il faut bien renvoyer l'ascenseur !"

Enfin, dans plusieurs communes du Vaucluse (Orange, Bollène, Lapalud…), le FN ne présentera pas de candidat face aux listes de la Ligue du Sud, le parti d'extrême droite du député-maire d'Orange, Jacques Bompard. Dans une poignée de villes (Saintes-Maries-de-la-Mer, Courthézon, Pernes-les-Fontaines…), le parti de Marine Le Pen soutiendra également un maire sortant ayant parrainé le Front national aux élections présidentielles, ou avec lequel il entretient de bonnes relations. "Il faut bien renvoyer l'ascenseur !", sourit un responsable du FN dans les Bouches-du-Rhône, où le maire UMP des Saintes-Marie-de-la-Mer, Roland Chassain, s'était désisté en faveur du FN aux dernières législatives.

*Pour les besoins de notre enquête, nous avons retenu les 78 communes de plus de 1 000 habitants, répondant au moins à l'une des conditions suivantes : à l'élection présidentielle d'avril 2012, Marine Le Pen a recueilli au moins 30% des voix ; à la dernière élection législative, le candidat FN a recueilli au moins 45% des voix en cas de duel au second tour ; à la dernière élection législative, le candidat FN est arrivé en tête en cas de triangulaire au second tour.