Elections municipales 2020 : La République en marche en grande difficulté au soir du premier tour

Dans une campagne municipale marquée par l'épidémie de coronavirus, la majorité présidentielle se retrouve en mauvaise position dans de nombreuses villes à l'issue du premier tour du scrutin, dimanche.

Le Premier ministre Edouard Philippe avec Agnès Buzyn, la candidate LREM à la mairie de Paris, et Stanislas Guerini, délégué général de LREM, le 10 mars 2020 à Paris.
Le Premier ministre Edouard Philippe avec Agnès Buzyn, la candidate LREM à la mairie de Paris, et Stanislas Guerini, délégué général de LREM, le 10 mars 2020 à Paris. (MARTIN BUREAU / AFP)

La République en marche trébuche. Dans une campagne difficile, notamment contaminée par l'épidémie de coronavirus Covid-19, la majorité présidentielle a subi un revers électoral lors du premier tour des élections municipales, dimanche 15 mars. Dans une soirée électorale d'abord marquée par un débat sur la tenue ou non du second tour des élections, plusieurs responsables politiques n'ont pas manqué de noter la contre-performance de LREM. "On voit dans les résultats une sanction claire du gouvernement", a estimé le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, sur France 2. "La République en marche risque d'avoir des résultats très décevants", a ajouté Thierry Mariani, eurodéputé du Rassemblement national.

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"On a un certain nombre de nos candidats élus dès le premier tour et puis il y a des scores importants ailleurs", a tenté de relativiser le secrétaire d'Etat Gabriel Attal, dimanche soir sur France 2. "Et puis il y a des circonstances inédites, avec la crise du coronavirus, qui font que l'abstention a été forte", a ajouté Aurore Bergé, porte-parole de LREM à l'Assemblée. 

"Des scores de centristes"

"Outre la montée de l'écologie, le scrutin montre les difficultés sérieuses de LREM au niveau national comme local", estime Richard Robert, historien des idées et éditeur du site Telos, joint par franceinfo. De fait, LREM est en difficulté dans de nombreuses villes. Le parti d'Emmanuel Macron est par exemple éliminé à Limoges, se retrouve en 3e position à Lille, Besançon, Rennes, Rouen, et même en 4e position à Perpignan. "LREM s'installe dans le paysage souvent en 3e position, mais enfin cela reste des scores de centristes, à l'évidence pas à la hauteur de leurs attentes", décrypte Richard Robert.

Dans certaines villes ciblées par la majorité, LREM apparaît en difficulté, comme à Paris où Agnès Buzyn arrive en 3e position avec 17,6% ou à Bordeaux où Thomas Cazenave est distancé en 3e position avec 12,69%. "On connaît le côté légitimiste des élections municipales, avec une prime au sortant qui est très forte", analyse encore Richard Robert. Mais il y a quelque chose de très net dans ce scrutin : les maires sortants issus de la gauche qui se présentaient avec l'étiquette LREM subissent des revers, comme à Besançon."

Ceux qui viennent de la droite s'en sortent mieux, et même si cela reste parfois incertain comme pour Edouard Philippe au Havre.Richard Robert, historien des idées et éditeur du site Telosà franceinfo

Dans des villes comme Lyon ou Besançon, les maires sortants LREM Gérard Collomb et Jean-Louis Fousseret ont tenté de transmettre leur héritage à un nouveau candidat. Mais dans les deux cas, la greffe se révèle difficile. Yann Cucherat est en 3e position à Lyon avec 14,96% et Eric Alauzet également avec 18,89%. "Dès lors qu'on tente de transmettre l'héritage de LREM, il se désagrège. Dans ces villes, la bascule d'un ancien monde à un nouveau monde était portée par une personnalité, mais le clan en dessous n'a pas tenu", observe Richard Robert

"Ce n'est pas une élection nationale"

Depuis des semaines, le parti présidentiel avait tenté de préparer le terrain à des résultats décevants. "Je considère que les élections municipales, ce n'est pas une élection nationale", avait déclaré mi-janvier le chef de l'Etat, en marge de ses vœux à la presse. "On a abordé ces élections municipales en se disant qu'on ne pourrait pas transposer les scores locaux en résultats nationaux comme pour les législatives", confirmait Marie Guévenoux, responsable de la commission d'investiture de LREM, jeudi lors d'un point-presse. "Les élections municipales, c'est d'abord une élection très locale", a également estimé Gabriel Attal sur France 2, au soir du premier tour.

La République en marche s'est malgré tout fixé trois objectifs : renforcer son ancrage local en obtenant 10 000 conseillers municipaux, conforter les partenariats du parti avec ses alliés et élargir la majorité. Il est encore difficile de savoir si LREM obtiendra ses 10 000 conseillers, un cap "atteignable mais ambitieux", selon Marie Guévenoux. "Sur 500 000 conseillers municipaux, cet objectif est plutôt de l'ordre du symbolique", estime de son côté Richard Robert.

Les mauvais résultats obtenus lors de ce scrutin révèlent aussi le manque d'implantation locale du parti présidentiel. "On part de zéro sur le terrain", prévenait également François Patriat, chef de file des sénateurs LREM, interrogé par franceinfo en février. "Le renouvellement, il prend du temps", a estimé sur France 2 au soir des élections Aurore Bergé, porte-parole de LREM. "Mais en réalité, on n'est pas revenu à l'ancien monde, lui répond Richard Robert. La poussée des écologistes a répondu à la poussée de LREM, comme à Lyon ou à Strasbourg. La République en marche a raté son coup mais elle n'est pas remplacée par l'ancien monde."

L'impact des dissidences 

Dans les raisons qui peuvent expliquer la défaite de LREM, les nombreuses dissidences pourront être pointées du doigt. "On parle beaucoup des dissidences, mais c'est minoritaire, 90% des cas sont convergents", assure Marie Guévenoux. Mais les divisions, comme par exemple à Lyon avec David Kimelfeld et Georges Képénékian ou à Paris avec Cédric Villani, ont marqué les esprits et donné une impression de désordre au sein du parti présidentiel. 

Pour expliquer ces dissidences, il faut noter que dans plusieurs villes, le parti présidentiel a préféré se tourner vers des maires en place plutôt que de monter des listes, comme à Toulouse, Calais, Nancy, Angers ou Amiens. "On joue perdant dès le départ, la CNI (Commission nationale d'investiture) se montre très frileuse et fait des choix incohérents. Ils préfèrent se placer pour limiter la casse, mais ça va se retourner contre eux", s'était ainsi agacée la dissidente Frédérique Lardet, interrogée par franceinfo. "Quand un maire est un bon maire, qu'il soit de droite ou de gauche, et qu'il n'est pas contre Macron, il vaut mieux jouer placé que gagnant pour obtenir des conseillers municipaux", avait alors expliqué François Patriat.

Pour connaître l'ampleur de la défaite électorale de LREM, il faudra attendre les résultats du second tour. Mais ce dernier n'aura peut-être pas lieu dimanche 22 mars, comme prévu, étant donné la progression rapide de l'épidémie de coronavirus. En cas de report de l'élection, cela laissera un peu de temps à la majorité présidentielle pour tenter de modifier sa stratégie afin d'espérer de meilleurs résultats.