"J'ai été élu sous la IVe République" : dans l'Aisne, le plus ancien maire de France dirige le village de Droizy depuis 1958

Avec onze mandats successifs au compteur, le maire Paul Girod détient le record de longévité. À 88 ans, l'élu n'a pas encore décidé s'il allait se représenter en mars prochain, mais il ne l'exclut pas.

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Radio France
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Paul Girod a été élu pour la première fois maire de Droizy (Aisne) en 1958. (SEBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

Alors que les élections municipales 2020 (les 15 et 22 mars) approchent, il existe, parmi tous les maires sortants, un édile qui se distingue. Car Paul Girod n’est pas un élu comme les autres : cet homme de 88 ans a été élu maire pour la première fois en... 1958, alors que René Coty était président de la République. Un record de longévité.

Pourtant, même après toutes ces années passées aux commandes du village, quand "M. le Maire" passe devant une bordure aux pavés mal posés, cela a le don de l’irriter : "Regardez ici, vous voyez le béton, là ? Cela a été posé n'importe comment", peste-t-il. "Si je pouvais étriper le gars qui a fait ça je le ferais ! Je n'aime pas qu'on marche sur les pieds de la commune, rappelez-vous de cela, jeune homme", prévient-il au micro de notre journaliste.    

"Je ne suis pas non plus une vedette"

Paul Girod est la tête de la commune depuis bientôt 62 ans : "J'ai été élu sous le IVe [République]", s’amuse-t-il à répéter. Mais en 1958, l’année où tout à commencer, celui qui était à l’époque un jeune homme de 27 ans est devenu maire presque par hasard. "Quand je suis arrivé ici il y avait un réflexe spontané qui faisait que le plus gros cultivateur du pays soit le maire parce que c'est lui qui avait le temps", se souvient-il. En précisant que "c'était le seul, ou presque, qui possédait une voiture, donc c'était presque naturel dans l'esprit des gens que cela se passe comme ça."    

Depuis, il a été élu puis réélu à onze reprises. Un record de longévité auquel il n'attache pas beaucoup d'importance : "Je ne suis pas non plus une vedette", affirme Paul Girod. "Cela vous semble impressionnant, mais moi qui l'ai vécu, cela me semble simplement avoir été une étape merveilleuse de ma vie, c'est tout."

Une "étape" tout de même très longue qui force l'admiration des habitants du village. "Il a toujours été excessivement dévoué, explique l’une de ses proches.

Avec 'Papa Girod' il n'y a pas de problème : il est à l'écoute. Tous les travaux qui ont eu lieu à Droizy c'est du temps de Paul Girod, il n'y a pas à tortiller...

Une proche du maire

à franceinfo

Quatre-vingt mètres seulement séparent le domicile de Paul Girod de la petite mairie."Ça, c'est l'isoloir mais pour l'instant on y met le frigidaire," indique l'édile en entrant. "Vous voyez que ce n'est pas grand !" Et sur les murs, le portrait d’Emmanuel Macron est introuvable. Le maire ne souhaite pas l’afficher : "Non, et personne nous a rien dit", souffle-t-il avant d’enchaîner d’une voix forte : "Par contre, vous avez la constitution de 1958 originale !" 

Le village de Droizy dans l'Aisne, en janvier 2020. (SEBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

La dizaine de photos punaisées au mur de son bureau retracent quelques moments forts de sa carrière. Paul Girod pose aux côtés des présidents du monde entier et même d'Arnold Schwarzenegger. "Il était gouverneur de Californie à l'époque", précise-t-il avant de poursuivre son énumération. "Là c'est le Dalaï-Lama. Là, la reine du Danemark. Ici, vous avez George W. Bush. Là c'est avec ‘Sarko’, là c'est avec Chirac."   

Son parcours de vie, forcément, impressionne dans la commune. À l'image de Guillaume Lavoisier, un enfant du village devenu conseiller municipal en 2014.

Pour moi, être au conseil municipal avec lui, c'est beaucoup de fierté.

Guillaume Lavoisier, conseiller municipal

à franceinfo

"Tout le monde le connaît", s’enorgueilli le jeune élu qui assure que l’âge n’est pas un problème. "Il a toute sa tête, il est toujours valide. Il sait prendre les décisions. Il réfléchit et il a toujours la bonne parole", affirme Guillaume Lavoisier reconnaissant toutefois quelques "défauts de l'âge qui font que des fois, on est obligés de répéter ou parler un peu plus fort. Mais l'intelligence, et surtout ce qu'il peut apporter au conseil, là-dessus, il n'y a rien à redire", conclut-il 

Vers un douzième mandat ?

Officiellement, Paul Girod n'a pas encore décidé s'il allait poursuivre l’aventure. Mais dans le village, c'est un secret de Polichinelle. Les habitants sont convaincus que leur maire ne résistera pas à la tentation d'un douzième mandat  même si Paul Girod estime que la charge de maire est beaucoup plus lourde et réglementée qu'il y a 60 ans.  

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