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Le Front national aura-t-il les moyens de peser au Parlement européen ?

En passant de 3 à 24 eurodéputés, le FN espère former un groupe parlementaire avec ses alliés européens et jouer un rôle d'arbitre à Strasbourg.

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France Télévisions
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Les eurodéputés FN Bruno Gollnisch, Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen, lors d'une séance au Parlement, le 15 décembre 2010, à Strasbourg (Bas-Rhin). (FREDERICK FLORIN / AFP)

Jusque-là, ils étaient trois, à Strasbourg (Bas-Rhin), assis dans un coin de l'hémicycle. Désormais, ils sont 24 et aspirent à davantage de visibilité au Parlement européen. Les eurodéputés du Front national feront leur rentrée, début juillet, dans une institution où ils suscitent "une certaine inquiétude", selon leur chef de file, Marine Le Pen. "Nous allons tenter de bloquer, par nos votes, toute avancée au détriment des peuples", a-t-elle affirmé, mercredi 28 mai, à Bruxelles (Belgique).

Tout sourire, la présidente du FN a tenu à montrer sa confiance sur ses chances de former un groupe parlementaire avec ses alliés européens. Si elle y parvenait, aurait-elle, malgré tout, des chances de peser sur le travail parlementaire européen ?

Oui, car il disposera d'une plus grande force de frappe

A la tête d'un groupe, les eurodéputés frontistes disposeront "de facilités administratives et de crédits" prévus par le règlement du Parlement européen : du personnel en nombre (secrétaires, assistants, interprètes...), des moyens bureautiques, des locaux et des financements proportionnels à la taille du groupe.

Par rapport à la précédente mandature, le FN pourra profiter d'un temps de parole accru et d'un meilleur accès au dépôt d'amendements. Son groupe sera également représenté à la conférence des présidents, où sont notamment décidés le calendrier et la répartition des travaux.

"Ils pourront surtout jouer la carte de la communication, affirme à francetv info l'eurodéputée écologiste Karima Delli. C'est ce qu'a fait le groupe EFD [composé notamment de l'Ukip anglais et de la Ligue du Nord italienne], qui s'est servi du Parlement comme d'une tribune politique."

Oui, car il bénéficiera de nouvelles responsabilités

Les parlementaires FN pourront, s'ils forment un groupe, accéder à des fonctions dont sont privés les députés non-inscrits, comme des postes de rapporteurs sur certains textes. "J'ai déjà vu des députés d'extrême-droite réécrire des rapports de la Commission européenne et convaincre des membres de la droite républicaine du bien-fondé de leurs idées, assure à francetv info l'eurodéputée socialiste Sylvie Guillaume, spécialiste des questions d'immigration. Ils n'ont pas réussi à faire adopter leur texte, mais voilà comment le FN pourrait influer politiquement. Cela peut être explosif."

L'eurodéputé frontiste Bruno Gollnisch, joint par francetv info, estime que "les socialistes et le PPE [droite] ne laisseront jamais des textes sur les flux migratoires à un élu du Front national""Ils ne seront sans doute pas prioritaires, mais la conférence des présidents ne pourra pas leur refuser systématiquement des rapports", répond Sylvie Guillaume.

Non, car son influence décisionnelle restera limitée

A l'heure des votes, les élus frontistes pourront-ils, comme ils l'espèrent, "bloquer" des textes ? "Nous restons dans la minorité, rappelle Bruno Gollnisch. Si les principaux groupes, qui cogèrent ce Parlement, restent solidaires, notre marge de manœuvre sera réduite. S'ils se divisent, nous pourrons bénéficier d'une position d'arbitres."

Pour les autres parlementaires interrogés par francetv info, la principale interrogation réside dans l'investissement des eurodéputés frontistes. "Le FN va-t-il enfin travailler ? se demande l'UMP Elisabeth Morin-Chartier. Qu'ils soient trois à ne pas s'impliquer ou 24, cela ne changera rien. De toute façon, ils seront 24 au milieu de 751. Au niveau européen, ce sont toujours les jeux d'alliances et de consensus qui priment. Ce n'est pas tout à fait la culture du Front national."

"Vous ne gagnez pas seul au Parlement avec un groupe", abonde l'écologiste Karima Delli, membre de la commission de l'emploi et des affaires sociales, où elle affirme n'avoir "jamais vu Marine Le Pen". La volonté de la présidente du FN de composer un groupe pourrait toutefois révéler "une intention de s'impliquer dans le contenu des politiques", prédit la socialiste Sylvie Guillaume.

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