VIDEO. Livrets alléchants sur internet : attention aux escrocs !

Pendant le confinement, des offres de placement très intéressantes ont fleuri sur internet. Des "super livrets" qui proposent des rendement souvent compris entre 3 et 4 % annuels. Soit bien plus qu’un Livret A. De quoi facilement être tenté. Problème, ces livrets peuvent être des faux. Et derrière ces prétendues offres, se cachent des escrocs qui s’évaporent avec votre argent.

Pour profiter de ces offres, nous avons décidé de nous faire passer pour un client. Après avoir rempli quelques formulaires de renseignements en ligne, un homme nous appelle quelques heures plus tard et nous propose d’investir dans des placements immobiliers : "Excusez-moi de vous déranger, Yann Chazel d’ING Direct Banque. (... En fait vous investissez dans de la pierre-papier, qui va permettre de construire des résidences services, des maisons de retraite, ce qui vous donne la possibilité d’avoir un taux de 3,85 %."

L’homme, qui dit travailler pour la banque en ligne ING, nous propose ensuite un contrat par mail pour placer 5000 euros dans un “livret dynamique”. Rendement promis avec un taux à 3,85 % : 192 euros par an. Une bonne affaire ! Mais ce contrat est-il un produit proposé par la banque ING ?

"L’adresse [mail] qui est là c’est @ingdirect-livret.com donc ça c’est un faux, rien à voir avec ING, répond d'emblée Yvon Martin, directeur marketing d'ING France. Le livret dynamique c'est un produit qui n’est pas proposé par ING. 3,85 % annuel c’est un taux qui n’est pas du tout réaliste, qui ne correspond pas du tout à ce qui est proposé aujourd'hui par le marché. La personne qui signe n’est pas un salarié d’ING."

Chaque année, la banque en ligne poursuit des dizaines d’escrocs qui usurpent son identité. Ce type d’arnaque aux faux placements immobiliers, Guy Grangirard, président de l'association ADC France, les connait parfaitement : il a recensé plus de 1100 sites frauduleux.

"Alors ça, dit-il en soulevant une pile de 9 chemises cartonnées, ce sont les dossiers qu’on a ouverts en une semaine et là vous avez à peu près 1 million d’euros dans ces documents là. On gère 1500 dossiers, il y en a environ un quart qui sont liés à l’immobilier, et on en est entre 20 à 25 millions d’euros de préjudice."

Le but des escrocs : gagner la confiance
des victimes

La stratégie des escrocs est bien rodée : ils donnent des gages de confiance à leurs victimes en leur versant des intérêts les premiers mois. C’est ainsi que cette ancienne cadre d’une grande entreprise s’est faite amadouer entre mai et juillet dernier. Depuis ses différents comptes en banque, elle a commencé par donner quelques milliers d’euros à l’escroc.

"Et de fil en aiguille, il m’a proposé des contrats plus élevés : un de 180 000 euros et un autre de 20 000 euros, explique-t-elle. Tous ces contrats ont été honorés, bien sûr, par des virements que j’ai faits soit en Espagne, soit en Italie." Au bout de trois mois, la victime commence à émettre des doutes. Elle cherche donc à appeler l’escroc, mais il ne répond plus. Il a disparu, elle réalise alors ce qui vient de lui arriver. "En trois mois, 200 000 euros. J’ai honte de m’être faite avoir !"

Ne connaissant pas la véritable identité de celui qui a abusé de sa confiance, la victime a décidé de porter plainte contre X pour escroquerie. Mais ce genre de procédure aboutit rarement : les arnaqueurs se trouvent dans la plupart des cas à l'étranger et, abrités derrière des montages financiers complexes, restent intraçables.

Elle a aussi assigné au civil ses propres banques. Car selon son avocat, Me. David Dana, normalement, si vous faites des virements inhabituels, surtout vers l’étranger, votre conseiller est censé vous alerter du risque d’arnaque. L’une de ses banques nous a affirmé avoir bloqué le compte de la victime, mais pas les deux autres. "Le banquier doit prévenir le procureur de la République et prévenir le client du risque d’escroquerie. C’est le devoir de vigilance qui est imposé aux banquiers en cas d’anomalie apparente, explique l'avocat."

Contactée, la Fédération bancaire française répond que les banques "ne peuvent intervenir dans la réalisation des opérations sur le compte de leurs clients en s’informant systématiquement des motifs, des affaires personnelles, familiales ou professionnelles." L’an dernier, selon l'Autorité des marchés financiers, l'organisme qui veille à la protection l'épargne des consommateurs et en charge d'alerter sur ce type de fraudes, 23 millions d’euros ont été volés via ce type d’arnaques.