Université d’été du Medef : Édouard Philippe sera "bien reçu", mais les patrons seront "assez vigilants" et "un peu critiques"

Bruno Grandjean, président de la Fédération des industries mécaniques, fait partie des patrons qui accueilleront le Premier ministre.

Le Premier ministre Édouard Philippe sera présent à l\'université d\'été du Medef mardi 28 août.
Le Premier ministre Édouard Philippe sera présent à l'université d'été du Medef mardi 28 août. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

"Je crois qu’Édouard Philippe sera bien reçu, mais c’est un accueil assez vigilant et un peu critique", a déclaré Bruno Grandjean, président de la Fédération des industries mécaniques (FIM), mardi 28 août sur franceinfo, alors que s'ouvre la 20e université d’été du Medef. Elle se tient jusqu’à mercredi, sur le campus de l'école de commerce HEC à Jouy-en-Josas (Yvelines), sous l'égide du président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux.

Bruno Grandjean attend "un cap", une "doctrine", "une vision" alors que "sur la compétitivité beaucoup reste à faire". Il s'agit d'un "vrai problème", avec derrière des "centaines de milliers d’emplois qualifiés qui manquent au pays et qui sont la source de beaucoup de déséquilibres et de problèmes sociaux", a-t-il poursuivi.

franceinfo : Édouard Philippe sera-t-il bien accueilli par les patrons ?

Bruno Grandjean : Les patrons ne sont pas des intouchables. C’est normal qu’il y ait une interaction entre le monde politique et le monde de l’entreprise. L’économie est au cœur de la politique. Je crois qu’Édouard Philippe sera bien reçu, mais c’est un accueil assez vigilant et un peu critique, car les premières déclarations sont un peu inquiétantes. Anticiper de six mois la désocialisation des heures supplémentaires [la fin des cotisations salariales], c’est-à-dire qu’en gros on va supprimer les charges sociales et salariales pour les heures supplémentaires à partir de septembre 2019, ça nous semble être très loin du compte sur ce problème de compétitivité. Quand on se compare notamment avec nos confrères allemands, il y a un différentiel très important. Il suffit de voir le déficit du commerce extérieur. On a 50 milliards d’euros de déficit récurrent et un vrai problème de compétitivité, avec derrière des centaines de milliers d’emplois qualifiés qui manquent au pays et qui sont la source de beaucoup de déséquilibres et de problèmes sociaux.

C’est aussi aux patrons de tenir leurs promesses ? Vous avez perdu le pin’s de Pierre Gattaz, "un million d’emplois" promis ?

J’ai gardé le pin’s. Il est assez collector, il faut le reconnaître. Mais, c’est une alchimie compliquée. Il y a un problème grave de compétitivité et aussi un besoin de carnets de commandes. Mais les emplois dans l’industrie sont en train de se recréer. C’est la première fois depuis plus d’une décennie. On investit, on s’endette, je crois qu’on fait notre part du travail. On a 100% des critiques et 0% ou très peu de résultats. Les réformes c’est un bloc, on a avancé sur le droit du travail, mais il y a encore beaucoup de chantiers.

Un peu grincheux le patronat français ?

C’est la réputation qu’on nous donne. Mais être industriel en France, ce n’est pas une sinécure. La plupart des industriels investissent en dehors du pays.

Le gouvernement veut limiter l’usage des CDD, avec la taxation des contrats courts. Êtes-vous prêts à signer cette mesure ?

On travaille essentiellement avec des CDI, sur le temps long. C’est un non-problème pour l’industrie. Il ne faut pas réduire une entreprise à une sorte de format unique. Vous avez une très grande diversité dans le monde de l’entreprise. En tout cas, il y a une attente d’un cap, d’une doctrine, d’une vision et sur la compétitivité beaucoup reste à faire.