Tunnel percé du RER A : le rapport d'experts pointe "une série d'erreurs"

L'incident avait affecté le trafic sur le RER A, ligne ferroviaire la plus fréquentée d'Europe, du 30 octobre au 2 novembre au matin. La SNCF promet de renforcer la surveillance sur cet important chantier qu'elle mène à Paris.

Dans la station Charles de Gaulle-Etoile, à Paris, le 31 octobre 2017. 
Dans la station Charles de Gaulle-Etoile, à Paris, le 31 octobre 2017.  (MAXPPP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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L'"incident très grave", selon la ministre des Transports, avait conduit à stopper pendant trois jours le trafic sur le RER A, la ligne ferroviaire la plus fréquentée d'Europe. La ministre des Transports, Elisabeth Borne, a rendu public, lundi 13 novembre, un rapport sur cet incident. 

Le 30 octobre, un forage de reconnaissance sur le chantier du futur RER E à la porte Maillot à Paris avait percé accidentellement un tunnel du RER A, provoquant une irruption d'eau boueuse sur les voies. Dès le lendemain de l'incident, la SNCF, maître d'ouvrage pour les travaux du RER E, avait pointé la "responsabilité" dans l'incident du groupe Bouygues, maître d'œuvre des travaux. Le rapport d'experts confirme la thèse de l'erreur d'appréciation. Voici ce qu'il faut en retenir. 

Que s'est-il passé ?

"Vers 13 heures, le train de tiges atteint 27 mètres de profondeur et perfore un voussoir de revêtement de la voûte du RER A. Une arrivée d’eau de la nappe phréatique de fort débit (...) a rapidement été signalée dans le tunnel, ce qui a conduit à interrompre la circulation des trains", écrivent les experts dans le rapport, cité par Le Parisien

Conséquence : 25 tonnes de boues ont dû être évacuées du tunnel et "48 heures ont été nécessaires pour stopper l’écoulement de l’eau et colmater la brèche par l’injection de 300 kg de résine", rapporte Le Parisien

Quelles sont les responsabilités pointées par le rapport d'experts ?

Une "série d'erreurs" ont été commises par les entreprises en charge des travaux, notamment l'absence d'un géomètre pour vérifier la bonne position du forage, explique le rapport. "L’absence d’intervention d’un géomètre s’est traduit par une erreur d’implantation qui a suffi pour conduire à l’accident", poursuivent-ils. Le forage à l'origine de l'incident était prévu à "seulement un mètre du pied-droit [un support] du tunnel", "ce qui constitue une distance de sécurité vraiment très faible". Le sondage s'est retrouvé décalé de 1,30 mètre par rapport à ceux réalisés précédemment, "ce qui ne lui permet pas d'éviter la voûte du tunnel". "La caractérisation des risques revêt une importance toute particulière pour les chantiers en souterrain à proximité d'infrastructures sensibles", notent les experts dans leur rapport.

Et ils ajoutent : "Le choix de la profondeur de ce forage d’essai peut interpeller (...) On comprend mal pourquoi ce choix s’est porté sur un site en directe interférence avec le tunnel du RER A." Dès le 7 novembre, Jean-Philippe Trin, président de Bouygues Travaux Publics, écrivait au PDG de SNCF Réseau : "Des circonstances de chantier défavorables ont malheureusement conduit à une erreur humaine d’implantation du forage ayant entraîné le percement du tunnel. Nous vous présentons nos plus sincères excuses. Nous proposerons un plan d’action afin d’éviter à l’avenir de tels dysfonctionnements."

Quelles leçons pour la SNCF ?

La ministre des Transports évoque "plusieurs recommandations" comme un "renforcement du contrôle interne", une meilleure vérification pour savoir s'il faut traiter ou non "préalablement les terrains accueillant la paroi de la future gare porte Maillot" ou encore "renforcer l'analyse et la maîtrise des risques liés aux travaux souterrains pendant la réalisation du projet".

Et compte tenu des nombreux chantiers souterrains prévus en Ile-de-France, la ministre a confié une mission d’audit pour évaluer l’organisation de ces chantiers et les éventuelles améliorations nécessaires pour, ainsi, en maîtriser les risques.

Dans un courrier accompagnant le rapport d'expert, la SNCF demande "un renforcement de la chaîne de contrôle interne au groupement" menant les travaux du RER E, dirigé par Bouygues, et "une surveillance renforcée et à la hauteur des enjeux". La SNCF, de son côté, va confier à une commission d'experts une "mission permanente" sur le chantier du RER E pour "renforcer la maîtrise des risques liés aux travaux souterrains", ajoute le président de SNCF Réseau, Patrick Jeantet.