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Blocage des dépôts pétroliers : "Tous les gens qui consomment du carburant aujourd'hui font un chèque pour aller au travail", dénonce un patron

Les dépôts pétroliers de Brest et Lorient sont bloqués par des transporteurs, des agriculteurs ou encore des pêcheurs qui dénoncent la hausse du prix des carburants.

Article rédigé par franceinfo
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Des manifestants bloquent un dépôt pétrolier à Brest le 15 mars 2022. (FRED TANNEAU / AFP)

"Tous les gens qui consomment du carburant aujourd'hui font un chèque pour aller au travail !", dénonce Norbert Guillou, patron de l’entreprise de travaux publics TPSL à Caudan, près de Lorient, et président de la Chambre nationale des artisans des travaux publics et du paysage (CNATP) du Morbihan, invité sur franceinfo mardi 15 mars. Les dépôts pétroliers de Brest et Lorient sont bloqués par des transporteurs, des agriculteurs ou encore des pêcheurs qui dénoncent la hausse du prix des carburants, une conséquence de la guerre en Ukraine.

franceinfo : Le gouvernement a fait des annonces pour baisser les prix, notamment une remise de quinze centimes par litre à partir du 1er avril. Alors, pourquoi protestez-vous ?

Norbert Guillou : Les 15 centimes ne sont que des miettes. Parce que 15 centimes par rapport à quel prix ? Si c'est 15 centimes par rapport à un euro 45, oui, car on revient à un euro 30. Mais si c'est 15 centimes par rapport à deux euros 50, on sera toujours à deux euros 35, donc c'est pas le bon prix ! Aujourd'hui, quand on va au boulot le matin, on fait un chèque pour aller au travail. Tous les gens qui consomment du carburant aujourd'hui font un chèque pour aller au travail ! Nous, on ne devrait même plus travailler car la loi nous interdit de travailler à perte. Donc on n'est pas d'accord. Il faut savoir qu'aujourd'hui, à chaque litre de gazoil, le gouvernement se met un euro dans la poche avec les taxes. Donc on demande au gouvernement de geler les taxes, de geler la TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) pendant la crise tant que le carburant ne revient pas à un euro trente en moyenne. Un euro 30 c'était avant la crise, en septembre, c'était bien. Aujourd'hui, le gouvernement se remplit les poches sur notre dos, et il se permet de nous faire du chantage en plus. Donc ça ne peut pas durer !

Jean Castex était aujourd'hui en déplacement en Bretagne et a assuré que le gouvernement ne laisserait "pas tomber les pêcheurs" qui sont à vos côtés. Quelle est votre réaction ?

Il n'y a pas que les pêcheurs ! C'est bien de ne pas les laisser tomber, mais ce qu'ils réclament, c'est un carburant à 60 centimes lissé sur toute l'année. Aujourd'hui, ils le payent un euro dix. Donc ce ne sont pas les 15 centimes qui feront la différence : ça fera 95 centimes donc pour passer à 60 centimes, il manque toujours 35 centimes !

En tant que patron d'une entreprise de travaux publics, vous déclarez que vous travaillez à perte aujourd'hui ? Avez-vous envisagé d'arrêter votre activité ?

La semaine dernière, l'augmentation du carburant me coûtait tous les jours 5 500 euros. J'ai 55 machines qui travaillent tous les jours, j'ai une moyenne de 100 litres par jour de consommation, ce qui est vraiment le minimum. 55 machines par 100 litres, ça fait 5 500 litres, multipliés par un euro, ça fait 5 500 euros. Aujourd'hui on choisit nos chantiers, on choisit le matériel à sortir, on évite de sortir les machines qui consomment trop. J'ai demandé à mes clients de participer à la hausse, ils ne sont pas vraiment contents et c'est normal. Les routiers ont un 'pied de facture', nous on a demandé la même chose. C'est une indexation au niveau du carburant, un pourcentage du prix de la journée de la machine par rapport à la facture.

Êtes-vous prêts à rester longtemps sur ces dépôts pétroliers ?

On restera tant qu'il n'y aura pas eu de négociations. On a demandé de geler la TICPE. Aujourd'hui, on n'a pas eu de contrepartie du gouvernement, ils en sont à nous faire du chantage en nous disant : 'On va vous accorder une visioconférence et vous quittez le dépôt' mais ça ne marche pas comme ça ! Il nous faut d'abord une proposition, on négocie et si ça nous convient, on part. Tant qu'on n'aura pas négocié, on ne partira pas. Et pour l'avoir déjà fait en 2019 et en 2018, on était restés en 2019 une semaine et en 2018, 18 jours ! Donc ce n'est pas encore cette fois-ci qu'on va partir.

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