Grève chez Air France et Transavia : un syndicat alerte sur un "danger grave et imminent" lié à la fatigue des pilotes

Des amplitudes de vols qui augmentent, une sous-traitance peu sécurisante qui découle d'un manque d'effectifs, une exploitation "à marche forcée"... Des pilotes d'Air France et de Transavia indiquent de plus en plus "que le vol n'était pas raisonnable".

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Radio France
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Les pilotes d'Air France et de Transavia sont épuisés, dénoncent un syndicat de pilote qui appelle à la grève samedi 25 juin 2022. (MAXPPP)

"On n’a pas les personnels, on a un maximum de sous-traitance et un turn-over au niveau des équipes qui font augmenter les problèmes d'exploitation", explique le président d'Alter, le troisième syndicat de pilotes chez Air France, Alexandre Rio, samedi 25 juin sur franceinfo, après l’appel à la grève lancé par son syndicat en raison d’un "danger grave et imminent" lié à "la fatigue" des pilotes. "Le constat que nous faisons sur cette fatigue vient des retours des pilotes eux-mêmes qui, en fonction des situations, nous indiquent que le vol n'était pas raisonnable", assure Alexandre Rio.

franceinfo : Vous parlez de danger grave et imminent, de dérives en cours au niveau de la sécurité des vols à cause de la fatigue des pilotes, ils sont à ce degré d’épuisement, selon vous ?

Alexandre Rio : Nous avons alerté la direction depuis deux mois déjà sur le sujet. Ce sont les commissaires pilotes, qui représentent les trois syndicats de pilotes, qui consignent cet avis de danger grave et imminent sur la fatigue. Le constat que nous faisons sur cette fatigue vient des retours des pilotes eux-mêmes qui, en fonction des situations, nous indiquent que le vol n'était pas raisonnable compte tenu des éléments extérieurs à sa réalisation. Tout comme la fatigue engendrée par les amplitudes de vols qui augmentent de plus en plus.

Vous dites qu’il faut rééquilibrer la balance entre les profits et un niveau de sécurité des vols digne de nos compagnies, ça veut dire qu’Air France et Transavia sacrifient une part de la sécurité des passagers pour faire plus de profits ?

Nous sommes dans une compagnie qui n'a jamais dépassé les 5% de rentabilité annuelle et nous avons aujourd'hui un directeur général, Mr. Smith, qui demande 10%, en contexte de reprise extrêmement rapide après la crise que nous avons connue. On n’a pas les personnels, on a un maximum de sous-traitance et un turn-over au niveau des équipes qui font augmenter les problèmes d'exploitation puisque les pertes de compétences sont là. Tout cela amène à un manque de sérénité chez les pilotes puisque l'ensemble des équipes au sol sont des équipes support.

"Chez Transavia aujourd'hui par avion en exploitation, vous avez 4 équipages constitués parce qu'il y a quatre officiers pilotes, quatre copilotes pour être plus clair. Chez Ryanair, ils sont six."

Alexandre Rio, président du syndicat de pilotes Alter chez Air France

à franceinfo

Et pourtant, Ryanair n'est pas un modèle social que nous envions. Cela ne va pas jouer sur l'ensemble des conditions de sécurité. En revanche, sur la fatigue des pilotes, ça va jouer énormément. Et pour pouvoir passer cette exploitation à marche forcée, on arrive à des cadences largement excessives.

Est-ce une conséquence du Covid ?

C’est une conséquence directe. J'ai envie de faire un parallèle malheureux : en 2009, lorsque l’on a eu l'accident du Rio-Paris, nous étions un an après une énorme crise avec des messages de direction anxiogènes sur la survie de la compagnie. Nous avons eu exactement les mêmes cette année et l'année dernière à Air France, avec une espèce de lavage de cerveau de tous les salariés de l'entreprise à tous les niveaux, pour dire il faut faire des économies coûte que coûte.

Que demandez-vous à votre direction ?

Ni augmentation de salaire, ni primes. Ce que nous demandons, c'est que notre organisation du travail ne soit plus faite aux limites possibles. Ce que nous souhaitons c'est retrouver de la marge d’exploitation, qui va nous permettre de pallier les aléas d'exploitation, que ce soient les aléas au sol ou les aléas météorologiques. Les orages actuellement sont extrêmement fréquents, et quand un orage arrive au bout d'une amplitude de travail de 13 heures, bien évidemment, cette situation météo va en plus nous retarder et on n'aura pas la même capacité à nous adapter à cette situation.

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