Crash Rio-Paris : "J'ai honte pour la justice de mon pays", dit la mère d'une victime après le non-lieu pour Airbus et Air France

"Toutes les preuves sont dans le dossier judiciaire, et pourtant le crime reste impuni," estime Danièle Lamy, la présidente de l'association Entraide et Solidarité AF 447.

Des plongeurs en train de récupérer une grande partie du gouvernail de l\'A330 d\'Air France dans l\'océan Atlantique, le 1er juin 2009.
Des plongeurs en train de récupérer une grande partie du gouvernail de l'A330 d'Air France dans l'océan Atlantique, le 1er juin 2009. (HO / BRAZILIAN NAVY / AFP)

"La justice est sous influence", a réagi avec colère jeudi 5 septembre sur franceinfo Danièle Lamy, présidente de l'association Entraide et Solidarité AF 447, alors que les juges d'instruction ont ordonné un non-lieu pour Airbus et Air France. Danièle Lamy, mère d'une victime du crash du vol Rio-Paris du 1er juin 2009, a annoncé qu'elle ferait appel de cette décision : "C'est absolument insupportable. Nous pensons que la justice est aux ordres (...) Cela ne s'appelle pas de la justice. Il y a eu 228 victimes, la justice n'a aucun respect ni pour les victimes, ni pour les familles des victimes", a-t-elle dit avant de dénoncer le fait que les juges d'instruction ne s'appuient pas sur la totalité des éléments sur la table pour prendre leur décision : "Toutes les preuves sont dans le dossier judiciaire, et pourtant le crime reste impuni."

franceinfo : Vous faites appel du non-lieu prononcé aujourd'hui pour Airbus et Air France aujourd'hui ?

Danièle LamyC'est absolument insupportable. Nous pensons que la justice est aux ordres. "Selon mon bon vouloir", disait le roi. Aujourd'hui, c'est "selon mon bon vouloir", dit le lobby. Où est la démocratie ? De quelle justice parle-t-on ? Nicolas Hulot a démissionné parce qu'il était victime des lobbies des chasseurs. Mme Belloubet, garde des Sceaux, devrait bien en faire autant, car elle est la victime des lobbies de l'industrie aéronautique, et plus particulièrement d'Airbus. Il y a deux rapports d'experts. Le premier date de 2012. Il pointait des problèmes techniques : trois sondes ont gelé en même temps. Ces sondes ont été mises en cause dans un rapport. À 10 000 heures de vol, elles étaient HS. L'avion était équipé de sondes de 19 000 heures de vol.

Dans l'ordonnance de non-lieu aujourd'hui, la justice dit que c'était une conjoncture d'éléments qui ne s'étaient jamais produits, et que les pilotes auraient pu mettre en place des procédures d'urgence. Vous, vous dites qu'il y a une faute du constructeur.

Ce que je dis, c'est que ces sondes avaient été mises en cause en août 2008. Dès que l'accident a eu lieu, en juin 2009, Airbus a interdit ces sondes. Et maintenant, on est en train de dire que c'était au pilote de compenser les erreurs techniques de cet avion ! Trois sondes sur trois ont gelé, l'alarme n'a pas fonctionné. Le rapport judiciaire des experts de 2012 a pointé des problèmes techniques et humains, le rapport de 2018 n'a pointé que des rapports humains. Les juges d'instruction ne se sont appuyés que sur ce deuxième rapport. Cela ne s'appelle pas de la justice ! J'ai honte pour la justice de mon pays. Il y a eu 228 victimes, la justice n'a aucun respect ni pour les victimes, ni pour les familles des victimes.

Avez-vous un espoir que cet appel soit entendu ?

Absolument. Dans le dossier judiciaire, il y a toutes les preuves qui précisent qu'Airbus était au courant et qu'Airfrance a commis des négligences. Cela veut donc dire que quand il y a deux rapports contradictoires, ce n'est pas au juge d'instruction de décider ? Je me demande comment il peut encore se regarder dans la glace. La justice, en principe, c'est un procès. Nous sommes méprisés par la justice, c'est le sentiment général. Toutes les preuves sont dans le dossier judiciaire, et pourtant le crime reste impuni. L'arme du crime, c'est-à-dire les sondes, n'ont même pas été analysées ! Airbus a eu la malhonnêteté en 2014, de procéder à des essais sur des sondes neuves. Cela fait dix ans qu'on attend ça, ça fait dix ans qu'on se bat pour se faire entendre, et malheureusement, les juges d'instruction sont sous influence de l'industrie aéronautique.