Crash du vol AF447 Rio-Paris : un rapport "accablant" met en cause Airbus selon l'avocat de familles de victimes

Selon l'avocat d'une association de victimes, le rapport pointe une sous-évaluation du vieillisement des sondes Pitot de la part d'Airbus. 

Une partie de l\'avion de l\'AF447 repêchée dans l\'Atlantique. 
Une partie de l'avion de l'AF447 repêchée dans l'Atlantique.  (HO / BRAZILIAN NAVY)

Dix ans après le crash du vol AF447 Rio-Paris qui avait causé la mort de 228 personnes, les proches des victimes ont communiqué à la justice un rapport reçu de façon anonyme et dévoilé par le Parisien. Il s'agit d'un rapport "accablant" notamment pour Airbus selon Sébastien Busy, l’avocat de l’association de victimes Entraide et Solidarité AF447. Il demande sur franceinfo que ce nouvel élément soit "pris en compte par les juges d’instruction". Le givrage en plein vol des sondes Pitot qui a déréglé le système de mesures de vitesse et désorienté les pilotes a été à l'origine du drame.

franceinfo : Que révèle ce document et qui l’a rédigé ?

Sébastien Busy : Ce rapport a été rédigé en 2004 et remis à la société Thales qui est un des fabricants des sondes Pitot. Il montre, en faisant une étude comparative des sondes Pitot Thales et des sondes Pitot Goodrich [un fabricant américain], un vieillissement prématuré des sondes Thales au-delà des 10 000 heures de vols. Ce rapport a été transmis de façon anonyme à l’association Entraide et Solidarité AF447 et nous l’avons bien évidemment communiqué au juge d’instruction.

Pour vous, ce rapport montre qu’Airbus a sous-évalué la dangerosité de ces sondes ?

Il montre dans un premier temps que Thales était informé de ce vieillissement et de cette corrosion prématurée de ses sondes Pitot. Thales étant un des fournisseurs d’Airbus, il est tout à fait logique qu’il ait informé le constructeur aéronautique. D’un autre côté, Airbus a sous-estimé, lui, l’importance et le risque lié au givrage des sondes Pitot. Le rapport est au dossier, il pourra toujours faire l’objet de discussions et d’un débat contradictoire lors d’un procès devant la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris.

Dans cette affaire, Air France et Airbus sont mis en examen pour homicides involontaires. Le parquet de Paris a requis le renvoi d’Air France au tribunal correctionnel et un non-lieu pour Airbus. Vous espérez que ce rapport puisse peser dans ce dossier ?

On espère bien évidemment que ce rapport sera pris en compte par les juges d’instruction ainsi que tous les arguments que nous avons pu développer tout au long de ces dix années d’instruction. Il existe à notre sens des fautes que l’on peut reprocher à Airbus et il est indispensable, pour des familles de victimes comme pour l’institution judiciaire, qu’un procès puisse se tenir de façon complète, impliquant tout à la fois Air France et la société Airbus.

Pour vous ce document est accablant ?

Il est accablant car il montre que les sondes Pitot sont un élément important, soumis à des conditions atmosphériques, à des conditions de vol, à une usure évidente. Et les sondes Pitot Thales avaient ce vieillissement prématuré aux alentours de 10 000 heures de vol. L’avion qui transportait les passagers du vol AF447 était équipé de ces sondes Pitot, elles avaient entre 18 000 et 19 000 heures de vol. Ce rapport va donc simplement alimenter des arguments sur le fait qu’Airbus n’a pas pris en compte, ou a mal mesuré, ou a volontairement sous-estimé le risque lié aux sondes Pitot et à leur givrage. Il est important de retenir et de conserver à l’esprit que sans le givrage simultané de ces trois sondes Pitot, l’accident n’existe pas.