Crash du Rio-Paris : le non-lieu ordonné par les juges est vécu par les familles "comme un véritable bras d'honneur"

Pour Alain Jakubowicz, l'avocat de l'association de familles de victimes, la décision des juges est "un déni de justice." "On a le sentiment que dans cette affaire, Airbus est protégé par le système," dit-il sur franceinfo. 

Alain Jakubowicz le 14 février 2018.
Alain Jakubowicz le 14 février 2018. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

La décision des juges d'instruction est vécue par les familles "comme un véritable bras d'honneur", s'insurge Alain Jakubowicz, avocat de l'association de familles de victimes "Entraide et solidarité", et ce alors que les juges chargés de l'enquête sur le crash du Rio-Paris en 2009 ont ordonné un non-lieu général pour le constructeur Airbus et Air France jeudi 5 septembre 2019. 

Cette décision ne suit pas les réquisitions du parquet de Paris qui avait requis en juillet dernier le renvoi d'Air France devant le tribunal correctionnel et un non-lieu pour Airbus. "On a le sentiment que dans cette affaire, Airbus est protégé par le système", tonne également Me Jakubowicz qui annonce sur franceinfo qu'il va faire appel de la décision des juges d'instruction.

Quelle est votre première réaction à l'annonce de cette décision des juges d'instruction ?

Alain JakubowiczC'est un déni de justice, c'est un scandale. C'est vécu par les familles de victimes comme un véritable bras d'honneur. Quand on connaît les premiers rapports d'expertise, c'est un déni de justice et je ne sais même pas quoi expliquer à ces familles de victimes qui prennent cela comme un affront. Je considère également que c'est un affront pour la justice. On ne cherche pas à savoir ce qu'il s'est réellement passé. Une ordonnance de non-lieu, 10 ans après et on classe le dossier.

Le parquet avait demandé un procès pour Air France, mais pas pour Airbus, en juillet dernier. Que pensiez-vous alors de cette première décision ?

Il est inimaginable qu'il y ait un procès sans Airbus. On a le sentiment que dans cette affaire, Airbus est protégé par le système, par l'importance du poids économique que cela représente. Imaginez ce que serait la condamnation d'Airbus dans la mort de ces 228 personnes. C'est la plus importante catastrophe aéronautique que notre pays ait connu, et voilà le traitement qu'on lui réserve.

Sur quelles bases Airbus devrait-il être condamné, selon vous ?

On a deux rapports d'expertise, ainsi que celui du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA). Le rapport du BEA dit clairement que les sondes de vitesse Pitot sont impliquées dans la survenance de ce drame. On a également un premier collège d'experts qui impute clairement une responsabilité à Air France et Airbus. Enfin on a un second rapport d'expertise qui intervient de façon totalement surréaliste et qui est d'un avis différent du premier. Dans ces conditions on doit aller devant un tribunal pour déterminer ce qu'est la vérité judiciaire. Eh bien là, ça ne se passe pas comme cela, puisqu'on a des juges d'instruction qui disent que le second rapport va l'emporter sur le premier et que par conséquent le dossier doit être classé. A mon avis, c'est du jamais vu dans l'histoire judiciaire concernant un dossier de catastrophe de ce genre.

Quels sont vos possibilités de recours ?

On a un recours possible devant la chambre d'instruction de la Cour d'appel de Paris. On va exercer ce recours en espérant que cette chambre de l'instruction redonne du sens au mot justice. Je lis sous la plume des juges d'instruction que cet accident serait dû à une conjonction d'éléments qui ne s'est jamais produite et qui a mis en évidence des dangers jamais observés auparavant. En gros, quand vous montez dans un avion, vous ne savez pas si vous allez en redescendre et finalement personne n'est responsable en cas d'accident. Nous sommes tous concernés par cela, parce que ce dossier pose la question de la sécurité dans l'aviation civile.