Air France: "Nous recommençons les négociations [avec la direction] ce lundi après-midi", annonce un syndicat de pilote

Le vice-président du Syndicat des pilotes d'Air France, Christophe Campestre, annonce, lundi sur franceinfo, la reprise des négociations avec la direction et assure que les revendications d'augmentation salariale restent identique.

Des avions de la compagnie Air France, le 24 avril 2018, à l\'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle.
Des avions de la compagnie Air France, le 24 avril 2018, à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Le secrétaire général de la CFDT a appelé, dimanche 29 avril, ses membres à voter pour la fin du conflit chez Air France, à l'occasion d'une consultation organisée par la direction depuis jeudi dernier 26 avril, et jusqu'à vendredi 4 mai. Laurent Berger s'en est surtout est pris aux pilotes grévistes. Il dénonce une "prise en otage" du SNPL, syndicat de pilotes majoritaire qui mène le mouvement. Christophe Campestre, vice-président du Syndicat des pilotes d'Air France (SPAF), deuxième du groupe, qui appelle lui aussi à la grève, était l'invité de franceinfo, lundi 30 avril. Il annonce la reprise, lundi après-midi, des négociations avec la direction.

franceinfo : Que répondez-vous à Laurent Berger ?

Christophe Campestre : On est plutôt surpris. Je pense qu'il n'est plus dans son rôle de syndicaliste. J'ai vu d'ailleurs dans "Le Monde" que le secrétaire général de Force Ouvrière a déjà réagi, en disant qu'il n'était absolument pas d'accord avec l'interprétation du secrétaire général de la CFDT. Bien entendu, nous sommes sur la même ligne.

L'argument de Laurent Berger est de dire : "Au bout du bout, les pilotes vont avoir ce qu'ils veulent et ce sont les personnels au sol qui vont trinquer, qui vont devoir payer la facture". Est-ce une grève égoïste de la part des pilotes d'Air France ?

Pas du tout. Nous travaillons en intersyndicale depuis le mois de février. Chaque préavis de grève déposé, y compris ceux de début mai, l'ont été dans le cadre de cette intersyndicale. Elle représente 11 syndicats et 9 d'entre eux ne sont pas des syndicats corporatistes pilotes. Nous poussons tous dans la même direction, pour le moment. Dire que c'est une grève égoïste de la part des pilotes, ça me paraît tout à fait hors de propos.

L'unité syndicale peut perdurer longtemps ?

Pour le moment, il n'y a pas de faille visible dans le mouvement. Je pense que ça peut continuer, d'autant plus que la direction est pour l'instant fermée à toute discussion et à toute négociation.

Laurent Berger, de son côté, appelle les salariés d'Air France à voter pour la consultation interne lancée par le PDG, Jean-Marc Janaillac. Il y a un gros risque que l'intersyndicale soit désavouée par ce référendum interne, non ?

Nous sommes tout à fait conscients de ce risque. Au SPAF, nous avons appelé à boycotter ce référendum, qui n'a aucune valeur légale. D'autant plus qu'à notre sens, il ne peut qu'envenimer les choses. On fait appel à tous les salariés qui ne sont bien sûr pas tous grévistes. Le résultat du référendum est donc connu d'avance. Cela risque de créer une espèce de faille entre les différentes catégories d'employés, grévistes et non-grévistes. Ces derniers, évidemment, vont dire : "Il faut signer, il faut dire oui".

Est-ce que si une majorité de salariés votent pour, ce référendum aura une valeur et changera la donne ?

Absolument pas. Je le répète, il n'a aucune valeur légale. C'est une espèce de tentative de contournement des organisations professionnelles par la direction, avec un chantage à la démission à la clef [le PDG d'Air France a mis sa démission dans la balance], ce qui me paraît complètement délirant au niveau des relations sociales.

Quatre nouveaux jours de grève sont prévus. Déjà 300 millions de pertes estimés pour la compagnie. Est-ce que ce mouvement ne fait pas courir un risque fatal à Air France ?

Si c'est le cas, nos dirigeants doivent le savoir et en tirer les conséquences. Pour l'instant, il n'y a pas eu le moindre frémissement au niveau de la direction. Elle ne peut pas tout le temps accuser les employés. À un moment, il faut aussi qu'elle prenne ses responsabilités.

Y a-t-il des discussions entre l'intersyndicale et la direction ? Sont-elles complètement rompues ?

Nous recommençons les négociations lundi après-midi [entre la direction et les deux principaux syndicats de pilotes SNPL et SPAF]. Nous serons à Roissy avec Air France pour discuter de la suite [Les discussions devraient se concentrer sur des avantages, notamment salariaux, réclamés spécifiquement par les pilotes]. L'intersyndicale a posé un préalable : quand la compagnie allait mal, nous avons tous fait un effort puisque les tous les salaires ont été bloqués. Avant de discuter de quoi que ce soit pour les trois années à venir, nous voulons un rattrapage immédiat de l'inflation, qui correspond en ce moment à 5,1%.