Gratuité des bus à Dunkerque : "Du pouvoir d'achat, un droit à la mobilité pour tous, et un enjeu environnemental"

Les bus sont désormais gratuits à Dunkerque. Le maire a réorienté l'argent destiné à la construction d'une arena pour financer cette mesure de "justice sociale".

Dunkerque est la plus grande agglomération d\'Europe à appliquer la gratuité des bus. Une réaffectation de fonds décidée par Patrice Vergriete, le maire DVG de Dunkerque.
Dunkerque est la plus grande agglomération d'Europe à appliquer la gratuité des bus. Une réaffectation de fonds décidée par Patrice Vergriete, le maire DVG de Dunkerque. (MARC DEMEURE / MAXPPP)

La gratuité totale, et en permanence, des bus à Dunkerque (Nord) depuis ce samedi 1er septembre permet de "rendre du pouvoir d'achat à la population", de respecter un "droit à la mobilité pour tous", et de prendre en compte l'"enjeu environnemental", a déclaré sur franceinfo Patrice Vergriete, le maire (DVG) de la ville. L'agglomération de 200 000 habitants est la plus grande d'Europe à prendre ce type de mesure.

franceinfo : Pourquoi avoir fait ce choix du bus totalement gratuit, tout le temps ?

Pour une triple raison. La première est que nous voulions rendre du pouvoir d'achat à la population, et donc ce sont les billets, les cartes d'abonnement qui sont rendus aux Dunkerquois à travers ce dispositif et les bénéficiaires sont les familles, les personnes âgées qui ne peuvent plus conduire, les jeunes. C'est une œuvre de justice sociale. La deuxième raison est le droit à la mobilité pour tous. N'importe qui aujourd'hui peut maintenant accéder à l'ensemble des points de l'agglomération gratuitement. Le dernier élément, et pas des moindres, est l'enjeu environnemental. La gratuité du transport collectif, avec en plus l'amélioration de la qualité du réseau, est une forme d'incitation à prendre le bus au lieu de la voiture.

Quel est le coût pour la ville ?

Cela représente 4,5 millions d'euros. C'est ce qu'on gagnait avec la carte d'abonnement et les tickets. Cela n'était qu'un pourcentage relativement faible du coût total du transport public à Dunkerque, puisque cela ne représentait que 10%. Le coût global est de 45 millions.

Comment avez-vous financé cette mesure ?

Les 4,5 millions d'euros que nous avons viennent de l'annulation d'un grand projet de mon prédécesseur qui était une arena de 10 000 places qu'on a toujours jugée inutile à Dunkerque. On souhaitait mettre cet argent plutôt sur le quotidien des Dunkerquois. Les 6 à 7 millions qui étaient prévus par an pour l'arena, on les investit là (...) pour améliorer les fréquences, les lignes et rajouter des éléments de confort dans les bus. Maintenant, il y a du wifi. On a un réseau à la fois modernisé et gratuit, ce qui fait une double incitation à choisir le transport collectif à Dunkerque. L'argent du versement additionnel transport pour financer l'arena récolté depuis 2011, plus une aide du département, de la région et de l'État, tout cela a permis de financer l'ensemble des travaux.

Avec plus de gens dans les bus, est-ce qu'il n'y a pas de risques de dégradations supplémentaires ?

Toutes les expériences de gratuité des transports collectifs dans le monde montrent exactement l'inverse. La preuve, à Dunkerque, depuis 2015, on a la gratuité du transport collectif le week-end et les incivilités ont baissé de 60%. On a une fréquentation en hausse de 50% et des incivilités en baisse. Cela se comprend, parce que les contrôleurs sont davantage présents aux côtés des chauffeurs, donc on a une présence sécurisante. Il n'y a plus de caisse, donc il n'y a plus de tentative de vol ou de délinquance. Et puis d'une manière générale, les bus sont plus fréquentés, ce qui permet d'avoir un contrôle sur ce que l'on fait à l'intérieur du bus. Je pense que c'est ça aussi l'efficacité de l'argent public, veiller à ce que le réseau de transport collectif soit réellement utilisé par les usagers.