France Télécom et son ancien patron Didier Lombard renvoyés devant le tribunal dans l'affaire des suicides

Six autres dirigeants et cadres de l'entreprise sont également concernés par ce procès pour harcèlement moral, après une vague de suicides entre 2008 et 2009.

Didier Lombard, alors PDG de France Télécom, présente les résultats annuels du groupe, le 25 février 2010 à Paris.
Didier Lombard, alors PDG de France Télécom, présente les résultats annuels du groupe, le 25 février 2010 à Paris. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

La vague de suicides, entre 2008 et 2009, est devenue symbole de la souffrance au travail : neuf ans après les premières plaintes, les juges d'instruction ont ordonné un procès pour harcèlement moral de France Télécom (devenu Orange) et de son ancien patron Didier Lombard, de même que six autres dirigeants et cadres, a appris franceinfo vendredi 15 juin. Selon le syndicat CFE-CGC d'Orange, ils seront tous jugés des chefs de harcèlement moral et/ou complicité de harcèlement moral

Frappée par une épidémie de suicides en 2008 et 2009, France Télécom a été la première entreprise du CAC 40 mise en examen pour harcèlement moral, un délit puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. Pour la première fois, la justice aura à trancher une affaire de harcèlement moral d'une telle ampleur au sein d'une entreprise de cette taille, neuf ans après les premières plaintes.

"Une politique visant à déstabiliser les salariés"

Selon les syndicats et la direction, 35 salariés s'étaient donné la mort en 2008 et 2009. Le suicide en juillet 2009 d'un technicien marseillais, qui avait évoqué un "management par la terreur", avait donné un énorme retentissement à l'affaire.

Dans leur ordonnance de plus de 650 pages, consultée par l'AFP les juges décrivent "une politique d'entreprise visant à déstabiliser les salariés" et "à créer un climat professionnel anxiogène", à l'aide de pratiques "répétées" comme les "incitations répétées au départ", les mobilités "forcées", les missions "dévalorisantes" et l'"isolement".

Le groupe, ancien fleuron du service public, voulait supprimer 22 000 postes entre 2006 et 2008 et procéder à 10 000 changements de métier, dans le cadre d'un plan de réorganisation dont le volet concernant le personnel, intitulé ACT, était considéré comme un "plan social déguisé" selon les juges.

Dans un communiqué, le syndicat CFE-CGC, partie civile, "se félicite de cette décision" mais "regrette cependant que le chef d'homicide involontaire n'ait pas été retenu" par les juges. Il déplore également que deux des personnes mises en cause soient toujours en fonction au sein de l'entreprise : "Leur maintien à ces postes jette le discrédit sur les activités qu’ils supervisent".

Le procès ne devrait pas être audiencé avant de longs mois, d'autant que les non-lieux ordonnés par les juges concernant certains cas de salariés rendent possible un appel contre l'ordonnance.