"Je ne peux pas me baisser devant cette direction inhumaine" : dans les Hauts-de-Seine, la grève des facteurs dure depuis plus de 100 jours

Les facteurs en grève protestent contre la dégradation de leurs conditions de travail et réclament davantage de moyens humains.

Un facteur au cours de sa tournée (photo d\'illustration)
Un facteur au cours de sa tournée (photo d'illustration) (MAXPPP)

Dans les Hauts-de-Seine, 150 facteurs, soit environ 20% des effectifs du département, entament, jeudi 5 juillet, leur 102e jour de grève. Le mouvement porte sur la dégradation des conditions de travail et le manque de moyens humains. 

Le mouvement a été déclenché le 26 mars, après le licenciement d'un délégué syndicat Sud PTT des Hauts-de-Seine. Depuis, 500 000 courriers n'auraient pas été distribués selon des élus du département. Même si la Poste se refuse à livrer des chiffres, évoquant seulement des "retards de plusieurs jours" dans la livraison du courrier aux particuliers, on comptait jusqu'à un millions de courrier en retard il y a quelques semaines.

Des effectifs insuffisants

Les facteurs en grève dénoncent le manque de moyens humains et réclament la titularisation en CDI des intérimaires. Au total, ils avancent 18 revendications et un ras-le-bol général partagé par Mounir. En tant que facteur-qualité, il chapeaute une petite équipe à Levallois-Perret. S'il fait grève, c'est notamment pour alerter sur les sous-effectifs chroniques que la direction, dit-il, refuse d'admettre. "On a 13 personnes qui manquent à Levallois-Perret, affirme-t-il. Et depuis l'année dernière, je leur dis que ce n'est pas normal. Et quand on parle d'effectifs, ils disent 'On ne peut pas'", se désole Mounir.

Conséquence de ce manque d'effectifs : des tournées jugées éreintantes physiquement qui aboutissent à l'épuisement des facteurs. "On doit porter l'ensemble des recommandés. Quand on en a plus de 50 dans notre sacoche, on broie ce qui est notre santé au travail", accuse Gaël Quirante, le délégué Sud PTT licencié.

La perte du lien social

Les 150 grévistes déplorent également une perte de sens de leur métier. Ils n'ont plus le temps de discuter avec les usagers. "Pour moi, le métier de facteur, quand je suis rentrée à La Poste, c'était le contact, le lien social", explique Roselyne, 32 ans de distribution de courrier au compteur à Neuilly-sur-Seine. Cette factrice y voit une stratégie de sa direction. "C'est ça leur but : plus de relations, il faut casser systématiquement le côté humain", lâche-t-elle, écœurée.

Plus de lien social entre les facteurs et les habitants, et pas davantage entre les facteurs et la direction de La Poste. Le dialogue semble rompu. Chaque camp se renvoie la balle : La Poste affirme avoir proposé 22 réunions aux grévistes depuis fin mars. Les grévistes répondent qu'ils ne sont pas entendus. "On est d'accord pour trouver une solution. Pour cela, il y a une chose simple : que La Poste se mette autour d'une table et fasse des contre-propositions à nos revendications", tranche Gaël Quirante de Sud-PTT.

Une grève partie pour durer...

Après 102 jours de conflit et d'un bras de fer qui ne semble pas proche de se régler, les facteurs ne sont pas prêts à renoncer à leur action. 

On ne va pas lâcher et s'il faut tenir tout l'été, on se donnera les moyens de tenir tout l'étéGaël Quirantefranceinfo

Pourtant, certains ont perdu trois mois de salaire. "C'est vrai que c'est dur mais je ne peux pas me voir en face dans un miroir, je ne peux pas dire à mes enfants de se battre et moi le premier, m'incliner. Je ne peux pas accepter ou me baisser devant cette direction qui est inhumaine", affirme Mounir.

Les 150 facteurs en grève ont demandé à plusieurs reprises la nomination d'un médiateur pour trouver une porte de sortie à ce long conflit. Jusqu'à présent, toutes les demandes de médiation ont été vaines. Sud PTT menace à demi-mot d'étendre la grève à toute la France à la rentrée.

Des facteurs en grève depuis plus de trois mois dans les Hauts-de-Seine : un reportage de Raphaël Ebenstein
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