Russie : le rouble dégringole, situation "critique"

Le rouble perdait 20% mardi sur le marché des changes, sa plus forte baisse depuis la crise financière russe de 1998. La dépréciation du rouble constitue un test politique majeur pour le chef de l'Etat.

(82 à 97 roubles pour 1 euro, photo prise mardi à Moscou © RF / Marc Crépin)

Les Russes regardent leur rouble s'effondrer. La devise russe a perdu 10% lundi et 20% mardi. Il s'agit de sa plus forte baisse depuis la crise financière russe de 1998, qui a profondément marqué les esprits. Cette nouvelle chute porte à plus de 50% sa baisse face au dollar depuis le début de l'année. L'euro a dépassé le seuil inimaginable de 100 roubles et le dollar 80 roubles.

Face à la situation, hors contrôle, la banque de Russie a annoncé dans la nuit une hausse de 6,5 points de son taux directeur à 17%, contre 10,5% auparavant et 5,5% au début de l'année. La situation est "critique " a ajouté la banque centrale dans l'après-midi, annonçant de nouvelles mesures à venir. "La banque centrale va avoir beaucoup de mal à stabiliser le rouble tant que la forte baisse des cours du pétrole continuera, donc cette hausse de taux très offensive pourrait ne pas suffire ", estimait Vladimir Miklachevski, économiste de Danske Bank. Le gouvernement russe a annoncé en fin d'après-midi qu'il avait défini des mesures pour "stabiliser " le rouble. Le ministre de l'Economie Alexeï Oulioukaïev, a en revanche affirmé qu'il ne préparait pas de limitations sur les mouvements de capitaux, ce dont redoutés les marchés.

Vladimir Poutine sous pression

Cette dégringolade s'explique par les sanctions économiques décrétées par les Occidentaux pour punir l'attitude de Vladimir Poutine dans la crise ukrainienne, et par la très forte chute des cours du pétrole. Pour le président russe, cette baisse du rouble est donc la faute de la politique occidentale. Pour le président russe cette nouvelle dépréciation constitue un test politique majeur, puisque sa popularité dépend en partie de sa réputation de garant de la prospérité et de la stabilité économique. Pour les Russes, les conséquences sont déjà bien visibles : la hausse des prix approche les 10% sur un an.

Ces attaques du rouble remontent à plus d’un an. Voire davantage. Ce qui indique le plus les Russes,  c'est que ce ne sont pas de méchants spéculateurs qui dont décidé de faire tomber le rouble, mais les Russes eux-mêmes. Ils n’ont plus confiance en leur monnaie. Même des banques Russes ont été accusées de spéculer. Depuis des mois, les Russes achètent en masse des devises en particulier des euros et des dollars. 

Le rouble n'attire plus personne

Il y a aussi -bien sûr- les fonds spéculatifs ou les fonds d’investissements qui se sont débarrassés en partie de leurs roubles, mais la monnaie russe n’est pas pour eux une devise importante. Le rouble n’a plus cette semaine aucun caractère stratégique sur les marchés. Il n’attire plus personne. Il faut aussi bien insister sur le fait que la mécanique de la baisse du rouble n’est plus connectée à l’heure qu’il est avec l’économie réelle, même si les perspectives n’étaient pas bonnes.

Dans de telles proportions de baisse, c’est un vent de panique, c’est la peur qui accélèrent le mouvement. Tous les détenteurs de roubles ont perdu confiance dans un pays qui, il faut bien le dire, n’a rien fait pour rassurer depuis le debut de l’année dans la crise ukrainienne, et depuis des années en matière de réformes structurelles qu’on attend toujours. Dans la capitale et à St-Pétersbourg, certains commerces ont commencé à afficher des prix en euros. Mais la mairie est intervenue. Il y aura de solides amendes pour les commerçants indélicats. 

(rouble dégringole)